Rentrée scolaire 2013 : les problèmes structurels du système éducatif tunisien

rentrée scolaire
©Tamazgha Imazighen

Deux ans et demi après la révolution du 14 janvier et nous revoilà  à la 3ème rentrée scolaire avec les mêmes questions : Qu’y a-t-il de changé ? Qu’en est-il de toutes les idées d’amélioration que l’on avait en tête pour offrir une meilleure éducation aux générations futures et pour remédier aux lacunes et injustices longtemps subies durant l’ère de la Dictature.

A l’occasion de toutes les rentrés scolaires d’après la révolution, nous avons connu une extraordinaire vague de solidarité et de conscience patriotique qui a touché presque tous les citoyens tunisiens. Ceci a permis, certes, d’aider pas mal de familles à surmonter les dépenses excessives d’une telle occasion annuelle, d’offrir à plusieurs enfants et jeunes la possibilité d’aller en avant dans leurs études, comme cela a redonné de nouvelles charges d’espoir et de patience aux moins chanceux d’entre nous, ceux qui aspiraient depuis la révolution à un avenir meilleur.

Cependant, tous ceux qui ont participé et participent encore à de telles actions de solidarité sociale, commencent à tomber dans la lassitude, voire même dans la déprime, en étant de plus en plus conscients de l’aspect essentiellement structurel et non conjoncturel de tous les problèmes liés au système éducatif en Tunisie. Nous sommes, aujourd’hui surtout, de plus en plus impatients quant au lancement du grand projet de révision et de mise à niveau du système éducatif, aussi bien sur les plans programmes et méthodes, que sur les plans infrastructure et logistique.

En effet, les problèmes de l’éducation en Tunisie sont beaucoup plus profonds qu’une affaire de fournitures et de livres scolaires. Ils seraient plus liés, d’une part à l’infrastructure scolaire et à celle périphérique, et d’autre part à la révision des programmes et méthodes, qui ne cesse de tarder à cause d’ego et de calculs politiques qui mènent au blocage et à privilégier le pouvoir et les élections, au développement et à l’éducation.

Plusieurs personnes semblent heureuses d’avoir fait des dons en cette rentrée, c’est très bien, mais l’on devrait se poser d’autres questions :  que ferait un enfant de ses livres, d’un tablier et d’un cartable neuf tout rempli de belles fournitures, s’il ne trouve pas de table, de chaise, de salle de classe minimalement équipée et d’un enseignant motivé  pour profiter d’un enseignement correct ? Comment parviendrait-il à aimer son école et ses cours, s’il doit faire plus que trois km à pied, tantôt sous la canicule, tantôt sous la pluie, pour arriver à sa classe et son enseignant ? Comment apprécierait-il son lieu d’enseignement, son deuxième lieu de vie, s’il ne trouve pas d’eau potable pour boire, se rafraîchir ou autre, s’il ne trouve pas de quoi et comment se nourrir… Les réponses à toutes ces questions nous aideraient-elles à comprendre les causes des 100 000 cas d’abandon scolaire ?

Tant que l’on se dispute encore et encore les postes et le pouvoir et tant qu’aucun projet n’est encore entamé, voire même pas prévu, pour équiper correctement les établissements scolaires dans les régions les plus démunies, pour construire des routes jusqu’à ces établissements, pour prévoir et offrir les services et moyens de transport convenables qui mèneraient jusqu’à ces établissements, on ne pourra pas encore espérer un avenir meilleur pour les générations futures. Cela mènera plutôt complètement à l’effet inverse, parce que l’on ne peut en vouloir à un père qui interdit à ses enfants d’aller à l’école par peur des aléas d’une route non équipée et non sécurisée. Et l’on ne peut en vouloir à des jeunes démunis, non seulement de moyens mais aussi de conditions nécessaires, de laisser tomber un projet personnel de connaissance et d’apprentissage long, difficile et coûteux pour préférer d’autres projets de vie, plus faciles, moins onéreux voire même juteux ! C’est justement pour ces raisons que les évadés du système scolaire tombent dans la délinquance, la prostitution et pire encore de nos jours, dans le Djihad ! 

Par ailleurs, il y a lieu de remarquer que, dans les villes et les régions plus favorisées, le problème de l’abandon scolaire est aussi remarquable, malgré les moyens corrects dont disposent les établissements scolaires. C’est à ce stade, et au-delà des conditions nécessaires et de base pour l’épanouissement de l’apprenant, qu’intervient l’impérativité de la révision des programmes et des méthodes. Espérons à moyen terme, qu’un allègement bien ciblé des contenus, une reformulation des objectifs de l’enseignement de base et secondaire, une revalorisation de la formation professionnelle, une dynamique motivante au sein du corps enseignant, pourraient améliorer la motivation des deux côtés et minimiser les effets du système actuel. Ce système a été longtemps imprégné par la volonté d’hypnotiser et d’opprimer chez les apprenants tout sens d’observation et d’analyse, semble encore et toujours, même après la révolution de la liberté, miser beaucoup plus sur la quantité et l’automatisme que sur la qualité et le pragmatisme.

Que pouvons-nous  faire, nous simples citoyens actifs et moins actifs, face à de tels problèmes structurels qui touchent un axe primordial dans le développement de notre pays ? Je dirai que, en attendant des jours meilleurs en lesquels nous verrons une stabilité politique et une relance économique pour que les projets de restructuration et d’équipements soient entamés, il faudrait espérer beaucoup plus de grains de patriotismes dans les esprits des Tunisiens faisant partie de l’élite. Je dirai que, tant que nous n’avons pas vu, depuis la révolution, des dons considérables en minibus pour certaines écoles, en offres gratuites de services de travaux publics dans certaines régions, en offres gratuites de services et de travaux de réparation et d’équipement de la part des plus grandes sociétés tunisiennes du domaine, en offres gratuites de supports pédagogiques convenables de la part des plus grandes imprimeries tunisiennes…  Tant que tout ceci n’a pas encore vu le jour, et sans aucun calcul politique, juste par amour de la Patrie et pas pour très longtemps, juste pour aider en cette période de transition et redonner de l’espoir, nous ne pourrons pas encore commencer à rêver d’une Tunisie meilleure.

 

2 Commentaires

    • Vous avez tout à fait raison.La secrétaire s’est trompée en insérant l’image, cela ne se reproduira plus, merci pour votre observation et au plaisir

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