L’UTICA à la manoeuvre

Signe des temps, l’UTICA est à la manette. C’est rare mais ce n’est pas impossible de la voir ces temps-ci sur le pont, à la manœuvre, pour redresser, en pleine houle, un bateau à la dérive, de crainte de le voir se fracasser contre des récifs qu’on n’avait pas coutume de croiser.

Plus que sa propre  chapelle, la centrale patronale défend une certaine idée de la Tunisie et se bat pour la survie de ses entreprises en mal de repères, privées de lignes d’horizon, de perspectives et plus encore de visibilité.

L’UTICA, sous la houlette de sa nouvelle patronne, a vite fait de retrouver son unité, sa cohésion, sa force de proposition, sa capacité de s’inscrire dans le mouvement et de peser sur le cours des événements. Elle s’est imposée par la force des choses comme l’un des acteurs majeurs de la transition politique et économique. Exercice difficile, s’il en est, car elle s’est placée d’emblée, par esprit républicain, au-dessus de la mêlée partisane et n’avait pour ainsi dire pas de but politique. Ce qui ne l’empêchait pas de s’inviter dans le débat national quand celui-ci, à force d’ambiguïté et de confusion, menaçait de déstabiliser l’économie et impactait négativement les plans de développement des entreprises.

Wided Bouchamaoui, avant même son intronisation par le Congrès refondateur, avait mis en garde contre les risques d’instabilité et  d’insécurité qui persistaient, le déficit de vision et l’absence d’une feuille de route claire, précise et convaincante. Au fil des mois et de gouvernements, elle ne voyait rien venir qui puisse lever l’hypothèque qui plombe la croissance. Les chefs d’entreprise sont submergés de doutes pour retrouver le goût du risque, l’envie d’investir et d’entreprendre.

L’UTICA ne pouvait à elle seule, quoi qu’elle ait pu faire, inverser la courbe de l’investissement, du chômage, de l’inflation, des déséquilibres régionaux et des inégalités sociales grandissantes qui provoquent des ravages dans le tissu économique et social. Il fallait, à cet effet, un climat politique et social apaisé et un environnement des affaires propice à la relance de l’activité. Au lieu de quoi, le site Tunisie a beaucoup perdu de son attractivité au point que des figures de proue de l’investissement international se sont retirées (JAL Group, Continental Automotive) ou ont considérablement réduit leur voilure (Latécoère)  pour ne citer que celles-là.

Face à ces perspectives pour le moins inquiétantes, la présidente de l’UTICA a multiplié les appels à la raison et s’est plus d’une fois inquiétée de l’opacité politique qui ajoute à l’incertitude des marchés. Elle réaffirmait  au grand jour ses craintes de voir s’écrouler l’économie nationale après que le pays a été sanctionné plus d’une fois par les Agences de notation. La Tunisie, naguère auréolée de son statut de grade-investissement, figure aujourd’hui au bas de l’échelle en compagnie des pays devenus depuis longtemps les parias de l’économie mondiale.

Au sein de la centrale patronale, l’inquiétude est réelle. La grogne gagne toutes les franges de la gent patronale. Les PME/PMI ne peuvent plus contenir leur indignation et leur colère écrasées qu’elles sont par la déferlante du commerce informel en passe d’asseoir son hégémonie sur l’ensemble des activités et des régions au grand dam du secteur structuré qui n’en peut plus.

Mme Bouchamaoui s’en était fait l’écho par devoir et par conviction. Ses mises en garde allaient crescendo à mesure que se poursuivait et s’amplifiait la dégradation des principaux fondamentaux de l’économie.

L’entreprise est menacée dans sa propre survie. L’enjeu économique et financier est d’une telle gravité que l’UTICA se devait d’envisager une issue à la crise sans doute la plus grave qu’ait connue le pays. Elle a coparrainé l’initiative de l’UGTT dont l’une des implications est la démission du gouvernement actuel pour lui substituer un gouvernement de salut national capable de redresser une économie largement abîmée et une situation qui l’attire inexorablement vers le bas.

Quand une équipe gouvernementale aligne les déboires et les échecs et n’arrive pas à engranger des victoires, quelles qu’en soient les raisons, elle est pointée du doigt et mise en cause. Sa légitimité s’en ressent. Le changement est dès lors  synonyme de choc psychologique devant provoquer un effet salutaire. Le but est de recréer les conditions d’un rebond, d’une reprise rapide de l’économie : l’objectif avoué est d’écourter la phase de transition démocratique en redéfinissant, en reprofilant  et en précisant au besoin le rôle de l’Assemblée nationale constituante (ANC). Elle n’aura plus à légiférer sur ce qui n’est pas manifestement de son ressort.

L’initiative du quartet- UGTT, UTICA, Conseil de l’Ordre des avocats, Ligue tunisienne des droits de l’Homme- s’inscrit dans cette perspective : en recentrant l’ANC sur sa vocation originelle, elle en délimite le champ et la durée nécessaires pour rédiger la Constitution, désigner l’ISIE, promulguer le Code électoral…, bref l’ensemble de l’attelage qui mettra le pays en ordre de marche pour des élections dont personne ne contestera les résultats.

Alors foin de querelles sémantiques au seul but d’entraver le processus de sortie de crise ! Ni « gouvernement d’élections », qui serait une hérésie politique, ni gouvernement d’union nationale, qui ne correspond plus à l’exigence et à l’urgence du moment, ni même un simple gouvernement de compétences sans aucune vision d’avenir. Le gouvernement de transition, qui succédera au gouvernement Laarayedh, n’en sera pas moins, même en l’absence de toute coloration politique, un gouvernement aux attributs et aux prérogatives pleines et entières, avec pour principale distinction d’être au seul service de la Nation, hors de toute influence partisane.

 

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