La Tunisie a mal à son capital image ?

La récente affaire de l’imam de Drancy, agressé à Tunis, et insulté, soutiennent des médias, pour sa « proximité avec la communauté juive » risque de fragiliser davantage l’image de la Tunisie. Notre pays a-t-il cependant, dans cette affaire comme tant d’autres, aujourd’hui, les moyens de rectifier le tir nourri de la bulle médiatique ?

« Ils sont fous ces Romains ». Tous ceux qui ont eu un jour un exemplaire de la bande dessinée Astérix entre les mains- et sans doute bien d’autres- connaissent cette phrase prononcée par un des héros de cette BD, Obélix. Osons paraphraser Obélix pour dire qu’ « ils sont fous ces Tunisiens ». Tant nous tous Tunisiens nuisons, dans un monde devenu un village, à l’image de notre pays.

Car l’on oublie souvent que l’image est un capital- on parle d’ailleurs d’un capital image- et que les médias sont un relais important de celle-ci. D’ailleurs certains cabinets privés font leur beurre, comme on dit, de cette situation. Les résultats qu’ils publient, à partir de centaines d’articles et d’émissions de radio et de télévision, sous forme de baromètres scrutant le moindre mot pour dessiner des images positives et négatives, sont suivis avec beaucoup d’intérêt par les décideurs du monde entier. Inutile de préciser que les résultats qu’ils offrent à leurs clients guident beaucoup les attitudes, mais aussi les comportements, que peuvent avoir ces décideurs chaque fois qu’un pays est cité.

Inutile de préciser également que la Tunisie ne renvoie pas par les temps qui courent des images positives. Il suffit pour ce faire de consulter n’importe quel portail ou moteur de recherche sur internet pour être convaincu de cette réalité. Les articles traitant de la Tunisie n’évoquent que l’application de la chariaa, les atteintes aux droits de la femme, les sit-in et autres grèves, les difficultés d’une économie moribonde, les blocages politiques, les assassinats de leaders politiques,etc.

« Sioniste » et « collaborateur »

La dernière affaire en date, qui risque de faire boule de neige, est celle de l’agression, le 1 er septembre 2013, d’un imam français en Tunisie, alors qu’il était accompagné de son épouse et de ses enfants. Cette affaire vient d’être tranchée par la justice tunisienne qui a décidé de condamner l’agresseur, à … un mois et demi de prison avec sursis. Tous les médias français qui ont traité de l’affaire nous apprennent en effet que Hassen Chalghoumi, imam dans la ville de Drancy, ville de la banlieue parisienne, a été agressé, près de Tunis, au cours d’un récent séjour, par un homme qui lui a reproché « sa proximité avec la communauté juive ». Il l’aurait traité de « sioniste » et de « collaborateur ».

Pour celui qui ne connaît pas l’intéressé, Hassen Chalghoumi est une icône de l’Islam en France, où il est la coqueluche des médias qui vantent souvent ses prises de position tolérantes. Il compte de ce fait beaucoup d’amis dans la hiérarchie chrétienne et juive en France, qui le respectent beaucoup.

Certes, le parquet a décidé, le 6 septembre 2013, de faire appel de la décision de justice. Certes, et on ne le répétera jamais assez, la justice est indépendante. Mais  le coup est parti. Allez expliquer en effet cela au citoyen français lambda, que les médias abreuvent de faits qui dressent un portrait des plus exécrables de ce monde arabe, traversé aujourd’hui par un islamisme qui a drainé avec lui les horreurs du terrorisme, de la violence, des atteintes aux droits des femmes et encore même, comme en Egypte, ceux des coups d’Etat. D’autant plus que chaque fois que la communauté juive est impliquée dans des faits, comme c’est le cas pour l’imam de Drancy, les médias s’en saisissent à cœur joie.

Cela sans compter qu’il n’y a plus assez de personnes pour dégrossir le trait et effacer les caricatures que les bulles médiatiques- les médias se nourrissent des mêmes faits et les mettent en perspective- jouent le rôle de ce clou que l’on ne finira jamais d’enfoncer. Pour le cas de la Tunisie, nos ambassades ne savent plus en effet où donner de la tête, occupées quelquefois à jouer les pompiers pour éteindre les feux qui s’accumulent. Des ambassades qui ne sont que rarement outillées en hommes et en moyens pour rectifier les tirs qui fusent de partout.

Un discours propagandiste d’un autre âge

Il suffit de regarder les grandes chaînes de télévisions satellitaires pour se rendre compte du fait que nos officiels, ou du moins ceux qui parlent en leur nom, sont d’une part rares ou pas aussi professionnels que cela. Ces derniers ne savent pas souvent parler aux médias et débitent  un discours propagandiste d’un autre âge.

Est-ce, à ce propos,  lancer une bombe ou être un antirévolutionnaire que de dire que la disparition de l’ATCE (Agence Tunisienne de Communication Extérieure) constitue une erreur que l’on pourrait un jour peut-être regretter. Arrêtons-nous ici un instant pour dire qu’il ne s’agit pas de faire fonctionner cette institution comme c’était le cas avant le 14 janvier 2011.  Mais de la revoir et de la corriger, pour en faire non un outil d’une propagande pour un clan (les Ben Ali-Trabelsi), mais un outil au service d’un pays qui s’est mis définitivement sur les rails de la démocratie. Comme ce fut le cas pour d’autres institutions. A-t-on fait disparaître, par exemple, le ministère de l’Intérieur ou celui de la Justice, dont des pans entiers étaient au service de la dictature?

Est-ce être également antirévolutionnaire que de dire que les Etats-Unis d’Amérique, la Russie, la Grande-Bretagne et la France, que l’on ne peut soupçonner d’être des dictatures, travaillent leur image et disposent de ce fait d’institutions dédiées.

Est-ce  enfin être antirévolutionnaire que de dire en effet que tout dépend, à ce chapitre, du contenu que l’on souhaite donner aux programmes d’une structure publique chargée de l’information. Ainsi, une des plus grandes démocraties du monde, la France, possède un ministère de la Communication. Mais celui-ci n’est pas là pour domestiquer et bâillonner les médias, mais pour les aider à avancer sur la voie de la diversité et du pluralisme.

Il est tout autant vrai que l’on peut bâillonner les médias sans avoir de ministère de la Communication. Le secrétariat d’Etat à l’information a disparu en Tunisie un certain moment de la liste des portefeuilles ministériels. Mais sans que la politique envers les médias n’ait changé d’un iota !  

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