Terrorisme : comment en est-on arrivé là ? Et comment s’en sortir ?

C’est à ces deux questions qu’ont essayé de répondre les syndicalistes des forces de sûreté nationale ce matin. Convoquant les journalistes et les médias à une conférence de presse tenue dans le siège de leur syndicat, ils leur ont fait part d’un ensemble de « données inédites » et de « révélations importantes » concernant les derniers événements terroristes ayant secoué le pays.

Mais avant d’entrer dans les détails et les faits de ce grand dossier, remontant au lendemain de la révolution et fractionné sur plusieurs « foyers » dans le pays, les représentants de l’Union nationale des syndicats des forces de sûreté tunisienne se sont plaints des campagnes de dénigrement menées à leur encontre. Des campagnes qu’ils se sont dits prêts à tolérer, mais qui commencent à les déstabiliser, alors que leur combat contre le terrorisme est à son paroxysme.

« Laissez-nous amputer la main de qui manie les ficelles du terrorisme !»

Agacés ainsi par ceux qui ne cessent de les discréditer, c’est surtout du manque de volonté politique à redresser le pays contre le terrorisme, que les cadres sécuritaires se sont le plus alarmés. « Laissez-nous amputer la main de qui manie les ficelles du terrorisme !», la supplication lancée, non sans frustration, par Sahbi Jouini, le chargé des affaires juridiques au sein du syndicat, en dit en effet long sur « cet état de paralysie forcée dont souffrent les cadres sécuritaires ». Les preuves à l’appui de ce dysfonctionnement ne manquent pas, et remontent selon les syndicalistes au mois de mai de l’année dernière. Le SNFST avait alors mis en garde contre l’existence de camps d’entraînement d’individus extrémistes dans les montagnes au nord du pays, mais son cri d’alerte n’a pas été entendu par les autorités qui ont presque démenti leur version, en assurant qu’il s’agissait de sportifs s’entraînant dans les forêts. Les malentendus, les aberrations, et « la lenteur de la décision politique, pour ne pas dire autre chose », se seraient également, selon les dires des syndicalistes, étendus aux opérations du terrain. «Le jour des événements de l’ambassade, on a reçu des ordres à 10h du matin pour changer notre plan d’action, qui prévoyait d’empêcher toute personne suspecte de regagner la capitale », a lancé Sahbi Jouini. « Il en fut de même pour Abou Yadh, le chef du groupe Ansar Chariaa, a-t-il ajouté. Nous étions sur le point de l’arrêter, des ordres venus d’en haut à midi nous ont carrément interdits de nous approcher de la mosquée Al-Fath. »

Mais, à en croire les syndicalistes, les soucis des forces de sécurité iraient bien au-delà du handicap chronique des ordres, qui les maintiennent constamment sous la coupe des gérants de l’appareil exécutif de l’Etat. Un autre grand problème les oppose en effet à un autre pouvoir : le pouvoir judiciaire.

Nous les arrêtons, ils les relâchent !

Exposant les statistiques recueillies par les différentes représentations du syndicats dans les régions, Sahbi Jouini s’est efforcé de ne rien commenter, laissant les chiffres parler d’eux- mêmes : «  En 2012, nous avons capturé 478 éléments extrémistes, 117 seulement ont été emprisonnés et plus des deux tiers ont été relaxés. En 2013, le nombre s’élève jusqu’ici à 268 suspects de terrorisme, dont 181 ont été acquittés. » Spécifiant davantage les détails de certaines affaires, le cadre sécuritaire a renchéri : «  Le 30 juillet 2013, nous avions capturé un dangereux terroriste faisant l’objet de six chefs d’accusation. Il a été acquitté dans quatre affaires et les deux autres procès ont été reportés au mois d’octobre prochain. »

Etant ainsi exaspérés par le déroulement de plusieurs procès, d’autant plus que certains suspects sont arrêtés puis relaxés plusieurs fois et que certains noms redondent dans plusieurs dossiers à la fois, les syndicalistes ont appelé la justice à assumer ses responsabilités. «  Et il ne s’agit point là d’ingérence », a insisté Montassar Matri, le secrétaire général du SNFST, pour qui, et en dépit de la complexité de la situation, il ne faut surtout pas sombrer dans la sinistrose. Car les solutions, elles existent, pourvu qu’en veuille bien les mettre en place.

Des antidotes, il y en a !

Le premier principe auquel devront s’aligner toutes les parties prenantes à la sécurité globale du pays, est que cette sûreté du pays est un devoir qui incombe à tous. Aux politiciens qui doivent montrer plus de fermeté, aux juges qui doivent défendre leur indépendance et leur audace, aux forces de sécurité qui doivent se souder maintenant plus que jamais, aux citoyens qui doivent être plus vigilants.

Concrètement, le syndicat préconise de créer un pôle judiciaire spécialisé dans les affaires du terrorisme, lequel prendra en charge des dossiers qui ne devraient absolument pas être traités en tant que crimes de droit commun. Cette structure permettrait en effet de former des juges experts en la matière et de fermer la porte aux connivences qu’ont déjà tissées certains juges avec les terroristes.

Une haute commission inclusive et indépendante est également nécessaire pour évaluer, sur dossier, et par les faits, le rendement de tous les cadres de l’institution policière, dont plusieurs sont victimes d’accusations infondées de trahison. De la sensibilisation, de la liberté de l’information et d’expression, et de la collaboration sérieuse et constructive, immédiatement. « Sinon, le terrorisme changera de stratégie, et reviendra sous d’autres formes encore plus virulentes, et ce, probablement dans moins de trois mois », a déclaré Sahbi Jouini.

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