Rym El Gantri : « Le processus de la justice transitionnelle piétine et est encore entravé »

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Dans le cadre de la réunion nationale pour la promulgation de la législation sur la justice transitionnelle, l’Economiste Maghrébin a rencontré Rym El Gantri, la représentante du Centre international de la justice transitionnelle qui nous a exposé son avis sur le processus de la justice transitionnelle en Tunisie.    


L’Economiste Maghrébin : 
Quel était la contribution du Centre international de la justice transitionnelle ?

Rym El Gantri : Juste après la révolution, nous avons voulu contribuer à la réussite du processus de la justice transitionnelle, aussi une grande conférence a été organisée en avril 2011 avec le Haut commissariat des droits de l’Homme et l’Institut du monde arabe des droits de l’Homme et d’autres organismes de la société civile. Nous avons ouvert un bureau en Tunisie et avons commencé à soutenir les différents partis de la société civile.

Il s’agissait au départ de conférences sur la justice transitionnelle. Nous avons ainsi organisé un workshop portant sur les médias et la justice transitionnelle pour les journalistes. Nous avons envoyé deux responsables du ministère des droits de l’Homme et la justice transitionnelle et cinq personnes de la société civile au Pérou, afin qu’ils découvrent l’expérience de la transition démocratie de ce pays.

Puis en avril 2012, il y a eu la consultation nationale sur la justice transitionnelle et nous avons été invités à y contribuer. Pour cette raison, nous avons recruté plusieurs experts en recherche de la vérité, réforme institutionnelle, justice pénale, réparation et compensation, qui sont venus pour former les membres du Comité technique pour la justice transitionnelle.

A l’heure actuelle, comment évaluez-vous le processus de la justice transitionnelle ?

Malheureusement, force est de constater que ce processus peine en lenteur. Trois ans après la révolution, il n’y a aucun résultat. L’idée de la consultation nationale ayant pour objectif de rassembler les avis des victimes est excellente. C’est vrai que le comité technique a terminé son travail dans les délais en octobre 2012. Mais malheureusement, les délais de procédure ont fait que l’Assemblée nationale constituante n’a pu examiner le dossier qu’en janvier 2013 et  le comité de législation générale n’a commencé les discussions qu’en avril 2013. 

Je tiens à dire qu’on ne sait pas ce qui se passe dans une période de transition, tous les scénarios sont envisageables, notamment après deux assassinats politiques.

A part la lenteur, quels sont les obstacles qui ont entravé le bon déroulement du processus de la justice transitionnelle ?

La volonté politique! Il faut qu’il y ait une volonté politique pour mener le bateau à bon port. Car encore une fois, on ne sait pas ce qui pourrait se passer dans une période transitionnelle d’ici aux prochaines élections; autrement dit : qui nous dit que le gouvernement qui sera en place suite aux prochaines élections sera favorable à cette loi.

Pourtant nous avons vu que le parti au pouvoir se précipite pour faire passer la loi de l’exclusion politique et demeure insensible par rapport à la loi sur la justice transitionnelle.

Sachez que s’ils avaient eu le même enthousiasme pour le projet de la justice transitionnelle, plusieurs problèmes n’auraient pas eu lieu. Parce que la justice transitionnelle avec ses démarches- la recherche de la vérité et par le biais d’une commission de vérité sur les bourreaux, les tortionnaires et les atrocités qui ont été commises- finira par dévoiler tout le passé et ainsi la grande majorité de la population ne les élira pas.

Mais si jamais on les exclut, au regard des principes des droits de l’Homme, on les transformera en « victimes ».

Plusieurs victimes ont tendance à croire qu’impunité rime avec réconciliation. Pourriez-vous préciser cette idée reçue ?

Cela n’a rien à voir avec l’impunité, parce qu’elles ont peur. Quand les victimes entendent parler de réconciliation, dans l’inconscient collectif elle est associée aux termes de pardon et d’indulgence. Je dois préciser qu’en matière de justice transitionnelle, la réconciliation est l’aboutissement du processus de responsabilisation, de recherche de la vérité et de réforme des institutions.

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