Mais qui a sonné le glas du dialogue national ?

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Les  longs rounds de pourparlers chapeautés par le quartet formé des grandes organisations nationales se sont soldés par un échec cuisant dont personne ne semble prêt à assumer la responsabilité, ni les éventuelles répercussions.

C’est aujourd’hui, à la salle Taher Haddad au siège de Nidaa Tounes, que le comité politique du Front de Salut a annoncé, en présence de Béji Caid Essebsi, l’échec de l’initiative parrainée par l’UGTT, l’UTICA, la FTDH et l’Ordre des avocats. Initiative qui avait pour but de réunir les deux parties qui s’affrontent, l’opposition et la Troïka, autour de la même table de négociations.

Cet échec, les dirigeants du Front du Salut l’ont fait endosser à la Troïka.  «  Cette Troïka qui, malgré un premier semblant de souplesse, manifesté notamment lors de la réunion entre Béji Caid Essebsi et Rached Ghannouchi, ne fait que revenir sur ses positions, dans un entêtement et une obstination sans pareilles », a déploré Abderrazak Hammami, le secrétaire général du Parti du travail patriote démocrate, en soulignant la rigidité des déclarations et l’arrogance et l’entêtement des dirigeants nahdhaouis.

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Mais ce ne sont pas uniquement les islamistes de la Troïka qui ont été dans la ligne de mire de l’opposition. Mustapha Ben Jaafar, le social-démocrate chef d’Ettakatol et président de l’ANC, a aussi eu son lot de critiques.

Après avoir déclaré, début août, suspendre le travail de l’ANC  jusqu’à l’avènement du dialogue national, celui-ci a déclaré hier la reprise des travaux, sans que les conditions de ce dialogue ne soient réunies. «  Revenant ainsi sur son  engagement Mustapha Ben Jaafer fait preuve de sa soumission aux pressions de la Troïka dont il fait partie, et surtout à celles du mouvement Ennahdha », a estimé Issam Chebbi, le dirigeant d’Al-Jomhouri, rejetant par là même « l’appel au retour à la maison » adressé par le président de l’ANC aux députés s’étant retirés de l’hémicycle. Pour le député retiré, il est en effet hors de question que les députés du sit-in Errahil rentrent à la maison, avant la démission du gouvernement actuel et son remplacement par un gouvernement de salut national. Déjà, en acceptant le principe de retour, le Front de Salut et les députés retirés auraient abaissé, « substantiellement », le plafond de leurs revendications, eux qui demandaient au début, la dissolution, pure et simple, de l’assemblée.

« Nous avons fait beaucoup de concessions, en acceptant l’initiative du quartet chargé d’assurer le dialogue national », a résumé Taieb Baccouche, le secrétaire général de Nidaa Tounes, pour qui la partie opposée n’a rien cédé.

« Pire », la Troïka aurait, selon les dirigeants du Front du Salut, procédé à une fuite en avant, en infiltrant l’administration et en minant les appareils de l’Etat par des nominations partisanes odieuses et inacceptables. Pour Issam Chebbi, le trio au pouvoir, est même  en train de temporiser, pour s’assurer du sort des prochaines élections, si jamais cette échéance a lieu.

Qu’en est-il du côté de la Troïka ? Rien, sauf une pléthore de déclarations et de propos tournant tous autour de la légitimité. La légitimité des urnes, celle du 23 octobre 2011. « Nous avons été mandaté par le peuple pour diriger le pays et nous veillerons absolument à assurer notre mandat », a récemment déclaré Abdellatif Mekki, le dirigeant nahdhaoui, sur la chaîne qatarie Al Jazeera. Derrière cette déclaration, s’alignent en effet tous les membres de la Troïka qui, malgré quelques divergences, concordent tous sur la légitimité incontestable de l’ANC et encore plus celle du gouvernement.

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Qui aurait donc sonné le glas du dialogue national, mort-né ? La question, bien qu’elle puisse paraître triviale pour certains, est à poser, d’autant plus que les deux parties rivales sont capables de mobiliser massivement la rue. Aussi, à part les déclarations des politiciens à l’issue des pourparlers tenus au siège de l’Union syndicales des travailleurs du Maghreb Arabe, personne ne sait rien de se qui se passait et se disait à huis-clos, sur ou « sous la table ».

Quoiqu’il en soit, les éléments de réponse manquants seront probablement divulgués par le quatuor, demain. Cette fois-ci, Houcine Abassi, le secrétaire général de la centrale syndicale, révélera, a-t-il assuré, tout sur les négociations et surtout sur les négociateurs.

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