Chimère de la guerre-éclair

Les bourbiers irakien et afghan fournissent la meilleure illustration d’une illusion, celle de la « frappe chirurgicale » soi-disant limitée dans l’espace et le temps. Produit de la propagande belliciste, ce genre d’expression recourt à la métaphore pour maquiller l’horreur et l’ampleur des massacres annoncés. Ce procédé, mentionné par les classiques de la psychologie sociale, évacue les données objectives du choc militaire et les remplace, dans l’esprit des agents sociaux, par une banale opération médicale. Une seconde image, destinée à corroborer l’effet symbolique et rassurant de la première, évoque les fameux « dégâts collatéraux ».

Voici donc des morts involontaires et pas du tout ciblés. Mais « l’Enfer est pavé de bonnes intentions », comme Sartre et chacun le savent bien.

Par la substitution d’un ordre de faits à un autre dans le contexte subjectif des individus floués, les propagandistes, indissociables, escomptent embaumer la mauvaise conscience des engagés. Avant le célèbre et ambigu « Je vous ai compris » le général, pressé de clôturer la guerre coloniale par les pacifistes, estimait la situation « pas encore mûre » pour l’arrêt des hostilités. Ce type d’énonciation imagée, une pomme à croquer mais à la maturation inachevée, remplace la mise à feu et à sang de l’Algérie exploitée, occupée, dominée, torturée, violée, humiliée. Obama, Hollande et le caniche avant le camouflet ne cessaient d’occulter l’insoutenable atrocité  par l’évocation de frappes soi-disant limitées. Pour l’instant, il s’agirait d’infliger une « punition » à un gamin turbulent.

Nous serions des sauvages toujours à rééduquer par les tenants de la civilisation. Le Vietnam avait diffusé la formulation la plus appropriée eu égard à l’interventionnisme intéressé : « U.S go home ! »

Antoine Basbouss, l’expert de service, opère par simple répétition des propos énoncés par les pro-Occidentaux. A ces dits et redits, le chien de garde surajoute une extraordinaire bizarrerie : à l’aune de sa « théorie » psychosociologique, le tempérament peu amène de Bachar étudiant expliquerait ses pratiques déployées maintenant. Le censé savoir prend de grands airs pour débiter ce fantasme de l’invariant tout comme si l’existence en perpétuelle transformation au gré des circonstances était une substance ou une essence vouée à la fixité ! Satisfait de l’Irak démantelé, le stratège présumé propose la bipartition de la Syrie entre parties chiite et sunnite une fois le méchant président chimiste occis, parti ou assagi. Fillon, moins soumis aux présomptions, dénonce la préconception, démasquée par la précipitation avant même la vérification des allégations. Tout aussi rigoureux, Poutine demande à Obama de lui transmettre les preuves sur quoi ce dernier fonde sa conviction.

Bush laisse à Saddam une seule option : reconnaître sa possession des armes plus jamais retrouvées.

Avec ou sans l’usage d’armes chimiques en Syrie, les mêmes prédispositions guettent, à tout moment, leur éventuelle réactivation. Dans ces conditions, que la guerre promise advienne ou non, elle cligne vers ce lieu géopolitique d’où bruissent, à volonté, les rapports internationaux d’inégalité. Leur structure fondamentale, où les Etats-Unis détiennent 40% de l’arsenal mondial, téléguide le sens donné au « terrorisme », à la guerre et à la paix. Comment expliquer autrement les bruits de bottes orientés vers Damas à l’instant même où l’Amérique accorde sa protection, sans condition à l’ultime Etat-colon.

Fabius place l’intervention dans l’espace dévolu aux droits de l’Homme. Les Palestiniens sont-ils des hommes ? Henri Lefèvre écrivait le mot jamais assez répété : « Sous couvert du sublime et du surhumain, tout l’inhumain passe en contrebande ». Face à l’outrecuidance de la superpuissance, nous serions donc en présence d’ondes profondes et aux répliques presque cycliques.

Il s’agirait, en termes Lévi-straussiens,  d’une « structure fondamentale » d’où jaillit l’événementiel. Dans le vocabulaire de Baudelaire, « c’est le diable qui tient les fils qui nous remuent ». Ce niveau d’investigation bruit avec et par-delà les rapports de force. Au cas où la Syrie, le Hezbollah et surtout l’Iran réagissent à l’attaque mijotée par la soldatesque israélo-américaine bien avant l’alibi de la ligne rouge, Hiroshima vous salue bien. L’arme de dissuasion massive séduit l’esprit filou de Natanyahou malgré le risque d’une région où le damier des antagonismes favorise l’effet domino. Ici aussi l’éventuel ronge le réel quand bien même il n’adviendra pas. Une  ultime conclusion brille à l’horizon de cette exploration. A l’origine de l’arrogance était l’inégale puissance. L’absence de réel contre-pouvoir incite le plus fort à outrepasser le devoir dans la mesure où « la loi de tout être est de persévérer dans son être », selon Spinoza. Poutine estime conforme au droit la fourniture de ses preuves par Obama. Mais hélas le droit appartient à qui détient le pouvoir de le définir. Et malgré l’intérêt lié à la protection de son allié, la Russie, moins bien outillée, n’est guère en mesure de relever le défi yankee.  Néanmoins, elle peut glisser un grain de sable fin dans le « machin américain ».

Ancien du K.G.B, le maître de Kremlin sait ce que veut dire parler. Au cas où, ici et maintenant, le droit ne serait pas la force, l’Amérique aurait à dévoiler ses preuves lors du prochain Conseil de sécurité onusien. Futé, Poutine implique l’opposition syrienne, images satellitaires à l’appui, et dévoile sa botte secrète. Les services de renseignement américains ont à voir avec l’impérialisme américain. Ainsi l’atteste le mensonge inventé pour légitimer l’agression infligée au peuple irakien, ce pire voisin de l’expansionnisme israélien.

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