Les raisons de la colère

Officiellement, la grève, décrétée pour le 3 septembre 2013, est organisée pour protester contre les récentes nominations à la tête de cinq radios relevant de la Radio Tunisienne, établissement public de radiodiffusion, et pour la pratique de « la censure » par le PDG de cette dernière. Le malaise serait plus profond. 

Sauf arrangement de dernière minute, une grève devra avoir lieu mardi 3 septembre 2013 à la Radio Tunisienne (RT), l’établissement public de la radiodiffusion en Tunisie. Décrétée  à l’appel du Syndicat National des Journalistes tunisiens (SNJT), cette grève survient officiellement en réponse aux dernières nominations dans cinq (05) radios des neuf (09) radios publiques et à la « censure » que l’on assure exercée dans cet établissement.

Selon le communiqué publié le 28 août 2013, la grève survient donc pour protester contre des nominations qui n’ont pas été faites notamment dans la « transparence ». Des nominations qui sont qualifiées être le fruit d’un « parachutage » et qui suscitent « des doutes sur leur caractère politique », selon le Centre de Tunis pour la Liberté de la Presse (CTLP). Des nominations sur lesquelles Reporters Sans Frontières (RSF) appelle, par ailleurs, les autorités « à revenir » puisqu’effectuées « en infraction de la loi tunisienne ».

Régularisation de 43 agents

Concernant la pratique de la « censure », on fait ressortir notamment l’intervention de la direction de la chaîne de la Radio nationale, le 31 juillet 2013, pour interrompre une émission de l’animatrice Saïda Zoghbi, portant sur la situation dans le pays après l’assassinat de Mohamed Brahmi.

Des « griefs » sur lesquels viennent se greffer le refus de la direction de la RT de régulariser la situation de 43 agents malgré les promesses, assurent des membres du syndicat de base de l’institution, d’agir au plus vite pour boucler le dossier.

En fait, la situation au sein de la RT ne peut être appréhendée si l’on ne prend pas en considération l’existence d’un certain malaise,  assurent certains employés de la maison. La nomination de l’actuel PDG, Mohamed Meddeb, avait mal commencée. Survenue en avril 2012, celle-ci  aurait été faite en quasi catimini. On assure en effet que son prédécesseur, Habib Belaïd, aujourd’hui membre de la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA), a appris la nouvelle de la nomination de Mohamed Meddeb en prenant connaissance du contenu du Journal Officiel. On sait qu’un certain nombre de directeurs de chaînes avaient alors présenté leur démission pour un acte qu’ils avait jugé « humiliant ». Dans la foulée certains ont contesté- et contestent encore- le fait qu’on puisse nommer un ingénieur à la tête d’un média ! La nomination ne se faisant d’habitude que dans les rangs des journalistes. Une vision des choses que d’autres voient sous l’angle de « Ôte-toi de là que je m’y mette » !

La mise en place d’une plate-forme

La contestation aurait  grandi peu à peu chez certains employés de l’établissement, qui est du reste difficile à gérer comme le sont les médias, avec des décisions prises  par le nouveau PDG. Comme la mise à l’écart de certains responsables dont deux ont été traduits devant le Conseil de discipline et qui ont été privés de leur fonction. La direction de la RT estime qu’ils ont commis des fautes professionnelles, tandis que les intéressés refusent cette version des faits. D’autres auraient été, comme on dit, mis au « frigo ».

Un climat général qui ne favoriserait pas le dialogue, ainsi en est-il des nominations récentes. En effet, si elles ne sont pas, si l’on se réfère au décret-loi 116 du 2 novembre 2011, du ressort de la HAICA, il en demeure pas moins que la direction de la RT pouvait agir pour obtenir l’adhésion du personnel des radios. Ou éviter, soutiennent du moins certains, de choisir des non professionnels- ce qui est le cas de certaines personnes nommées- et surtout de nommer des agents qui peuvent susciter des remous du fait de leur engagement idéologique.

Dans ce même ordre d’idées, l’analyse du vécu de la RT montre que la direction et les représentants du personnel ne sont pas arrivés à trouver un modus vivendi sur certains aspects de la bonne marche de l’institution. Ainsi en est-il de la définition de la ligne éditoriale ou de la mise en place d’un document qui fixerait les règles de fonctionnement de la rédaction. Certains établissements en Europe et aux Amériques se sont essayés à cet exercice et ont réussi. Radio Canada, établissement public de radio et de télévision, dispose, par exemple, d’un certain nombre de « normes et pratiques journalistiques » qui gèrent les moindres détails du contenu des émissions. Avec de surcroît un garde-fou : le médiateur (Ombudsman). Personnage indépendant, ce dernier détermine en cas de plainte « si la démarche journalistique ou l’information diffusée qui fait l’objet de la plainte a violé les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada ». Car, il est difficile de comprendre qu’en l’absence d’une semblable plate-forme , les premiers responsables des médias puissent être tenus responsables de par la loi des contenus sur lesquels ils n’ont pas le moindre contrôle. Ce qui ne veut nullement dire qu’il s’agit aujourd’hui de revenir aux anciennes pratiques de la dictature  pour appliquer la loi du plus fort !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here