Le bras de fer continue

Le nombre des agressions, des menaces verbales et/ou physiques contre les  journalistes ne cessent d’augmenter. Déjà le Centre de Tunis pour la liberté de la presse a déclaré, dans l’un de ses rapports que soixante-cinq personnes travaillant dans le secteur des médias ont été agressées durant le mois de mai 2013, et pourtant  ce n’est plus le souci majeur du secteur.

D’autres problèmes épineux émergent : la censure qui étale ses tentacules, les nominations partisanes pour des raisons politiques et les arrestations arbitraires des professionnels du domaine.

Ne nous leurrons pas, le journalisme tunisien vit des heures noires, alors même qu’il semblait que l’époque de la domestication, de la censure, des pressions politiques était révolue à jamais, car à entendre les propos de la présidente du Syndicat national des journalistes tunisiens, Néjiba Hamrouni, lors d’une conférence de presse tenue aujourd’hui au siège du syndicat, on comprendra que l’heure est grave pour les journalistes et que le retour aux anciennes pratiques n’en est plus au stade embryonnaire.

Le timing de la conférence ne doit rien au hasard, il coïncide déjà avec des atteintes à la liberté de la presse et à son indépendance qui se sont produites récemment : l’arrestation du rédacteur en chef du bimensuel L’Audace Slim Bagga, l’arrestation du photographe d’Astrolabe Tv pour avoir filmé l’agression du ministre de la Culture Mahdi Mabrouk, les pressions sur les deux chaines privées  El Hiwar Ettounsi et Attounissia.

Ce bilan a été commenté par Aymen Rezgui, membre du bureau exécutif du Syndicat national des journalistes tunisiens, sur un ton ironique qui n’a pas réussi à cacher son amertume  quant à la situation critique de  ce qu’on nomme ailleurs le 4ème pouvoir : «Si les agressions et les procès injustes contre les médias continuent à ce rythme, bientôt le directeur de la Prison civile d’El-Mornaguia aura une équipe expérimentée de journalistes, caméramen et photographes et il pourra créer Mornaguia TV ».

Mais d’où viennent toutes ses pratiques à l’encontre des journalistes ? À cette question la présidente du syndicat répond en accusant la volonté politique des décideurs et elle ne manque pas de citer les exemples : la commission de l’octroi de la carte nationale de journaliste professionnel n’a pas encore vu le jour et pour cause la présidence du gouvernement  veut être représentée au sein de la commission; « ce qui porte atteinte à son indépendance », précise-t-elle. Avant d’évoquer le sujet des nominations à la tête des établissements médiatiques publics selon l’appartenance politique et la fidélité au régime politique au pouvoir.
«  Les dernières nominations à la tête des radios nationales en sont la preuve », rappelle-t-elle.

Et d’ailleurs, la grève annoncée par le syndicat a l’objectif de limoger le PDG de la Radio nationale Mohamed Meddeb, « dont la nomination est basée sur des critères politiques ». De plus, ses nominations ont été bel et bien refusées par le Centre de Tunis pour la liberté de la presse.

Notons que Mohamed Meddeb, le 31 juillet 2013, a censuré une émission en direct  et l’a remplacée par un enregistrement, ce qui constitue une première dans le secteur des médias après la révolution.

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