Non à un gouvernement de salut national, oui pour un gouvernement politique d’unité nationale

La classe politique tunisienne retenait son souffle en attendant que Rached Ghannouchi se prononce sur les dernières évolutions nationales et régionales. Le président du mouvement Ennahdha n’a pas tardé à se manifester. Dans une conférence de presse tenue ce matin et devant un large drapeau de la Tunisie, seule bannière présente sur la tribune, il a ébauché le bilan d’une situation difficile certes mais qui ne relève pas de la crise.

« Il serait exagéré de parler de crise dans notre pays », a-t-il estimé, excluant la possibilité que la catastrophe égyptienne soit transposable en Tunisie.

« Ce qui s’est passé en Egypte est un putsch sanglant de l’armée qui est en train de commettre des carnages qui rappellent les massacres de Hafedh Assad à Hama durant les années 1980 », s’est-il indigné tout en soulignant « qu’il s’agit là d’une épreuve pour les libéraux afin de tester leurs relations avec les urnes ». C’est que pour le dirigeant du parti promu au pouvoir grâce aux urnes, le respect des règles et des mécanismes de la démocratie est le seul rempart contre la violence et le chaos.

Le chaos « redouté », Rached Ghannouchi l’a réitéré à maintes reprises, en le collant sur le dos de ceux qui appellent au reversement du régime en Tunisie « en voulant imposer des choix nihilistes, putschistes et anarchistes ».

Pour barrer la route devant ces « putschistes délirants », le président du parti islamiste a appelé à la « vigilance du peuple », mais il a surtout étalé les points principaux de son approche politique pour surmonter « les difficultés actuelles ». Cette approche se fonde sur un préalable non négociable : Ennahdha refuse catégoriquement la formation d’un gouvernement de salut national. S’il faut changer de gouvernement autant le changer par un gouvernement d’unité nationale formé de politiques qui soient soutenus par leurs partis respectifs, et surtout à l’affût des problèmes et des dangers qui guettent le pays. Pas de concessions donc concernant la loi provisoire sur les pouvoirs publics de novembre 2011, laquelle stipule que le chef du Gouvernement est désigné par le président de la République parmi les membres du parti majoritaire aux élections.

Pas de concessions non plus, selon l’approche nahdhaouie, à propos de l’ANC, « pouvoir originel et principal socle de la démocratie aspirée par le peuple. »

Hormis ces deux principaux points avancés comme des conditions préalables aux négociations, le parti islamiste s’est dit « prêt à tout négocier, dans le cadre d’un dialogue national qui n’exclurait personne, même Nidaa Tounes».

Pour réussir ce dialogue et dégager toutes les craintes, Rached Ghannouchi a appelé à entreprendre toutes les mesures nécessaires visant à assurer la neutralité de l’administration centrale, régionale et locale. Une instance politique représentative du spectre politique national qui accompagnerait le travail du gouvernement d’unité nationale a été prônée. Serait également souhaitable, un calendrier « clair, précis, consensuel, voire coercitif » qui définirait les principales échéances de la période à venir, à savoir l’adoption de la Constitution avant le 23 octobre prochain, et l’organisations des élections avant la fin de l’année.

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