Le gouvernement actuel, ce grand mal-aimé

Claude François l’avait si joliment exprimé dans sa chanson « Le mal-aimé »: quelqu’un qui cherche à plaire, incompris, dont les apparences ne joueraient pas en sa faveur. A écouter cette chanson, on se rend compte que la situation du gouvernement actuel tunisien n’est pas si différente.
Couple gouvernement/ peuple : malentendus ou rupture ?
Depuis l’assassinat de Belaïd , Brahmi , et les soldats cruellement tués au mont Châambi, rien ne va plus entre le gouvernement et son peuple. Ajoutée à tout cela une pointe de violence disséminée par les Ligues de protection de la révolution, une touche de crise économique (chômage en hausse, faible croissance, inflation grandissante, secteur informel en expansion), de quoi avoir tous les ingrédients pour être rejeté. Et voilà bien que les Tunisiens descendent dans la rue proclamant le départ de ce gouvernement coupable / responsable et la dissolution de l’Assemblée nationale constituante, censée avoir achevé la Constitution le 23 octobre 2012.
Mais le gouvernement affirme qu’il n’a rien à se reprocher. Bien au contraire, d’après les discours de Ali lâarayeth ‘’ Tout va bien… car le gouvernement est solidement immunisé par la légitimité, affirmant tant bien que mal que son parti ne court pas après le pouvoir et des élections seront organisées le 17 décembre 2013 ‘’. Le gouvernement, qui pourtant semble protéger les LPR, n’aime pas la violence, ni le terrorisme. Il aime dialoguer et faire des concessions, selon Rached Ghanouchi , tout en rejetant toute initiative proposée (la réunion Ugtt-Ennahdha , tenue le 12 août , n’a abouti à rien de concret).
Quant au sit in du Bardo et du Mouvement Tamarod ? »Des jeunes rêveurs pouvant croire à un scénario égyptien en Tunisie ». Dixit Rached Ghanouchi. Un sit in, qui n’est pas représentatif du peuple tunisien, qui semble pourtant tout sauf confiant en son gouvernement, selon un sondage réalisé par Gallup world, cabinet de conseil américain, publié le 13 août 2013.
Les Tunisiens ont perdu confiance en leur gouvernement
L’étude faite sur 1053 individus âgés à partir de 15 ans et plus, réalisée entre le 20 et le 30 Mai 2013, ressort des résultats plutôt contradictoires avec les déclarations des représentants du gouvernement.
En effet, ‘’la confiance des Tunisiens en leur gouvernement islamiste s’est évaporée, une confiance en érosion continue depuis 2012 et qui n’a pas réussi à reprendre’’. En fait, 32% des sondés continuent à croire au gouvernement, en mai 2013, contre 56% à la même période 2012. Pour la même période, la gouvernance ne plaît plus : 23% l’approuvent encore contre 60% en mai 2012.
Ce désaccord avec le gouvernement s’est concrétisé en des manifestations. L’étude note que ‘’ des milliers de Tunisiens sont descendus dans les rues début août, exigeant la démission du gouvernement national, qui est dirigé par le Parti Ennahda…Le long retard dans la finalisation de la nouvelle Constitution du pays a probablement abusé de la confiance de certains Tunisiens dans leur gouvernement. D’autres éléments qui ont provoqué la frustration pourraient être les meurtres de deux hommes politiques de l’opposition.’’
L’économie en est pour quelque chose
La crise économique a affecté les ménages tunisiens indépendamment de leurs statuts sociaux économiques. Par conséquent, la perception des Tunisiens de leur situation financière n’est pas au beau fixe. Elle s’est même dégradée après la révolution : 77% ont affirmé en 2010 qu’ils s’en sortent avec leurs revenus ou vivent confortablement, contre 59% en 2013. Pareillement, 23% ont affirmé s’en sortir difficilement ou très difficilement en 2010 contre 41% en 2013.Encore, 7 personnes sur 10 (71%) parmi les 20% représentant la frange la plus pauvre disent qu’ils s’en sortent difficilement ou très difficilement avec leurs revenus contre 54% en 2010.
Les conditions du marché du travail semblent se détériorer graduellement. En mai 2013, 71% des sondés affirment que c’est une période non propice pour trouver un emploi : un pourcentage nettement plus élevé que celui en 2010 (59%). Les perspectives du marché du travail qui étaient déjà piteuses dans la période pré-révolution se sont généralement aggravées après la révolution. Environ une personne sur cinq manœuvres est actuellement au chômage.

Gallup world : la courbe de confiance a chuté significativement dans la période de janvier 2011. La chute s’est maintenue, intercalée d’une légère hausse entre la deuxième moitié de 2011 et début 2012.

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