La Tunisie à l’épreuve du sang

Lundi, le 29 juillet 2013, peu avant la rupture du jeûne, huit soldats d’élite ont été abattus par les terroristes à Jebel Chaambi à Kasserine. Piégés, fusillés, désarmés, déshabillés et enfin égorgés et mutilés ; cette tuerie rappelant les horreurs de la guerre civile algérienne des années 90 a suscité l’indignation et la colère des Tunisiens. Mais ce massacre a, surtout, révélé l’existence effective et indéniable d’un grand malheur nommé terrorisme.

Déni et laxisme

Profitant d’une situation régionale instable et des répliques provenant des foyers de crises voisins, notamment la Libye et le Mali, ainsi que d’une situation nationale tout aussi instable et précaire tant à l’intérieur qu’au niveau des frontières, les terroristes ont eu toute latitude de s’installer sur le sol tunisien. Aguerris aux combats dans les hauteurs et dans les zones arides, les terroristes- des anciens, selon plusieurs experts, de l’Afghanistan, de la Syrie, de l’Algérie, ou encore du Mali- ont choisi pour repaire les massifs montagneux à l’ouest du pays.

Là-bas, ils ont installé leurs camps d’entraînement, fortifié leurs tanières et sécurisé des circuits d’approvisionnement en nourriture et en armes et munitions passés en contrebande. A voir la force de frappe des terroristes et l’ampleur des dégâts subis par les militaires et les forces de sécurité, il est aisé d’en déduire que la période d’incubation a été calme, propice et longue. Plusieurs responsables de la sécurité avaient toutefois mis en garde contre l’existence de camps d’entraînement dans les massifs forestiers du pays, depuis plusieurs mois déjà, bien avant les multiples attentats de Jebel Chaambi. Mais les autorités avaient alors catégoriquement réfuté ces « allégations ». Khaled Tarrouche, l’ancien porte-parole du ministère de l’Intérieur avait même déclaré, le 29 mai 2012, qu’« il n’existe pas de camps d’entraînement et personne ne s’entraine dans les forêts à part les sportifs».

Autosatisfaction excessive, incompétence manifeste d’Ali Laarayedh, alors ministre de l’Intérieur et actuellement chef du Gouvernement, laxisme de la part des islamistes au pouvoir envers certaines franges violentes parmi les extrémistes religieux… Quoi qu’il en soit, la responsabilité politique dans la propagation du terrorisme est bien là.

Mais c’est aux politiques également qu’incombe le lourd devoir de combattre le cancer invasif et vorace du terrorisme. Présent hier sur le plateau de Nessma TV, le Colonel Mokhtar Ben Nasr, ancien porte-parole du ministère de la Défense parti à la retraite, a déclaré à cet égard : « Les militaires travaillent sur le terrain, mais celui qui déclare la guerre est le politique. »

Même avis partagé par Imed Belhaj Khelifa, porte-parole du Syndicat des forces de l’ordre, présent au même débat, qui a tenu, lui, à réitérer ses appels à une police républicaine indépendante de toute pression politique et consacrée à l’unique service des citoyens. Pour lui, seule une police républicaine pourrait prévenir les dangers terroristes tous azimuts guettant le pays.

Le syndicaliste a également rappelé, non sans regret, les avertissements précoces qu’ils ont, lui et ses collègues, émis à plusieurs reprises. « Nous étions les premiers à crier haro sur l’expansion des camps d’entraînement dans les forêts. Nous craignons désormais que le terrorisme descende dans les villes », a-t-il confié.

Vers une agence nationale de sécurité globale

Mais outre l’engagement politique sérieux et fort dans la lutte antiterroriste, les deux responsables, militaires et sécuritaire, ont appelé à moderniser et à optimiser le combat. Une optimisation qui passerait selon eux par la création d’une structure unifiée de renseignements ; une sorte d’ « agence nationale de sécurité globale» qui centraliserait les informations, faciliterait la coopération internationale en la matière et éviterait ainsi les déperditions en temps, en énergie voire en sang.

L’établissement de cette structure qui unirait, selon Imed Belhadj Khelifa, « des camarades de guerre » prendrait toutefois du temps. Pour Mokhtar Ben Nasr, elle ne semble pas envisageable pour le court terme. Mais ce que les deux préconisent dans l’immédiat, c’est plus de vigilance chez les guerriers du terrain et un soutien indéfectible de la part du peuple. De l’aide en matière d’informations et de renseignements certes, mais par-dessus tout un soutien moral qui semble crucial en ces moments critiques et décisifs de l’histoire du pays.

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