Troïka : l’union ébranlée ?

« Non, nous n’avons pas demandé des clarifications. Les déclarations de Ghannouchi n’engagent que sa personne ». Présent, hier, dans la salle de presse du nouveau local, pour présenter les résultats  du congrès national extraordinaire de son parti, Imed Daimi, le secrétaire général du CPR, s’est plutôt trouvé acculé à s’exprimer sur les déclarations de Rached Ghannouchi, prononcées la veille sur la chaîne Nessma TV.  Qu’un leader d’un parti politique soit questionné sur les déclarations d’un homologue est à la rigueur compréhensible, mais que les réponses soient aussi sèches, laisse planer de vraies interrogations sur l’avenir des relations entre les deux grands alliés vainqueurs d’un certain 23 octobre 2011. Ce 23 octobre aurait hier semblé plus loin que jamais à Imed Daimi, lui qui avait l’air de ne plus reconnaître son allié.

Incompréhension et effarement

Comment pourrait-il en effet reconnaître un allié qui, le 24 août, adresse une lettre  d’encouragement, d’assurance voire et d’éloge aux congressistes du CPR, pour  tenir le jour suivant des déclarations contraires à ses voeux épistolaires ? Et comment pourrait-il comprendre ce revirement radical, en moins de 24 heures, de l’appel à la fermeté face « aux putschistes minoritaires, apostats, nullards et antirévolutionnaires », à l’acceptation du principe du départ du gouvernement de la Troika ? Que pourrait Imed Daimi face à cette contradiction déconcertante, sinon exprimer sa « stupéfaction ».

Cet effarement, d’ailleurs visible sur les visages des membres du parti présents à la tribune, le secrétaire général du CPR a toutefois essayé de le cacher sous le fard de l’assurance et de la force que procurerait « l’attachement et la fidélité aux principes ».  En premier lieu, le principe de l’immunisation de la révolution. Contrairement à Rached Ghannouchi, qui l’a mise au rebut, Imed Daimi a fait le plaidoyer de la loi de l’exclusion politique des affiliés du régime du RCD dissous. « Nous sommes les instigateurs de ce projet de loi », s’est-il enorgueilli, tout en assurant le défendre jusqu’au bout avec le concours de tout député qui serait encore concerné par la réalisation de cette « revendication principale et majeure du peuple tunisien ». Toujours sur la sellette, Imed Daimi s’est offusqué de l’inclusion du président de la République, « leader spirituel du CPR », dans le cafouillage. « Même le sit-in d’Errahil n’a pas demandé le départ de Marzouki » a-t-il déploré, insinuant son mécontentement des déclarations de Ghannouchi portant sur les « soucis » que pourrait engendrer la candidature du président de la République aux prochaines élections.

Malaises endogènes, attaques exogènes

Toutes ces divergences et bien d’autres, le responsable du CPR  les a apparentées à d’« ordinaires » dynamismes qui pourraient avoir lieu dans toute alliance politique.  Mais ces clivages sont-ils vraiment ordinaires ? N’affaiblissent-ils pas la Troïka, qui a vu déjà faiblir son autre côté. Celui d’Ettakatol, pris d’un coup de froid, depuis le 6 août,  à la suite de la décision, unilatérale, de Mustapha Ben Jaafar de suspendre les travaux de l’ANC.

Et puis, outre ces symptômes endogènes rappelant les maladies auto-immunes, la Troïka tiendra-t-elle, face aux attaques virulentes orchestrées par les multiples factions de l’opposition réunies dans un front qu’ils estiment de salut ? En réponse à l’absence des alliés du parti islamiste des derniers pourparlers avec l’opposition et l’UGTT, Zied Lakhdher, un leader du Front de salut a, lors d’une conférence de presse tenue le 20 août,  tiré à boulets rouges sur l’union tripartite. « Le CPR et Ettakatol sont complètement disloqués et il en reste pratiquement rien. Pas la peine de perdre du temps avec eux. C’est au mouvement Ennahdha que nous avons affaire », a-t-il ainsi raillé.

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