L’UGTT doit émerger comme une troisième force et arrêter la médiation entre les partis politiques

De passage à Tunis pour assurer la conférence inaugurale  de  l’université d’été organisée conjointement par l’Université de la Manouba et l’Université Libre de Bruxelles, qui s’est déroulée  du 18 au 24 août,  Gilbert Achkar, politologue, écrivain et professeur franco-libanais, à la School of Oriantal and Africain Studies, a bien voulu nous accorder une interview qui porte sur la situation économique et politique actuelle de la Tunisie. 

 

L’Economiste Maghrébin : Professeur comment évaluez-vous le processus de la transition démocratique en Tunisie ?

Gilbert Achkar : Ce processus, comme ailleurs dans toute la région, est un processus inachevé. Je dirais même qu’il est encore à ses débuts. On rentre peut-être dans une deuxième phase, mais on stagne encore dans l’étape initiale d’un processus qui durera plusieurs années, peut-être même des décennies, surtout que la transformation en Tunisie est quand même restée relativement superficielle. Tel le sommet de l’iceberg qui a été cassé mais dont le fond perdure: les structures socio-économique n’ont pas été touchées.

Le gouvernement n’a pas changé cet état de fait et a continué dans la politique économique de l’ancien régime. Je ne vous apprends rien en disant que le problème est loin d’être réglé, il s’est même aggravé, ce qui produit un chômage massif. Tant que ce problème fondamental n’est pas régulé la situation restera instable.

Professeur, selon vous, toute l’entrave se résume à la question économique ? 

Non, la question économique est la source profonde, voire le moteur de cette situation. La question économique est entravée par la structure sociopolitique.

Pour sortir de la, il faut un changement radical de cap qui suppose un bouleversement social, économique et politique beaucoup plus profond de ce qui a été réalisé jusqu’ici.

La Tunisie s’est trouvée prise entre deux pôles : un pôle qui représente le plus directement possible la continuité de l’ancien régime et un pôle qui s’affranchit de cette continuité, mais dans un sens rétrograde qui n’a aucune réponse aux attentes socio-économique. Cette polarisation est terrible et pour cette raison il faut qu’une troisième force émerge. Je pense que cette troisième force ne peut-être que l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) avec des perspectives sociales et économiques radicalement différentes de ce qui a été fait jusqu’à maintenant.

Donc, Il faut que l’UGTT assume son rôle, au lieu d’assurer la médiation entre les différents partis, elle doit devenir un troisième pôle.

Une partie des décideurs et politiciens tunisiens se comportent comme si l’histoire de la Tunisie depuis l’indépendance n’était qu’une suite d’échecs et de ruine et que la véritable construction n’a commencé que le 23 octobre 2011. Y-a-t-il, selon vous, des éléments lumineux dans l’histoire tunisienne qui pourraient être utilisé dans cette période transitionnelle ?


Bien sûr, il existe dans l’histoire tunisienne post-coloniale des expériences intéressantes, notamment dans les années soixante sur le plan social et économique, même si c’était dans le cadre d’un régime autoritaire personnalisé, celui de Bourguiba. Il y a eu une politique dans les années soixante de développement étalé, où l’Etat jouait le rôle central dans l’impulsion du développement économique. A mon sens, il est indispensable de revenir à ce type de stratégie dans un cadre démocratique. 

La révolution du 17 décembre 2010 a crée les conditions de ce changement démocratique, mais comme je viens de le dire, l’émergence d’un troisième pôle représentant cette alternative, qui puisse le mettre en pratique, est nécessaire.

Selon vous existerait-il une autre force qui pourrait assumer ce rôle à part l’UGTT ?

Dans les conditions actuelles, je ne vois pas d’autres forces que l’UGTT, acteur pour la lutte de l’indépendance, acteur permanent dans l’histoire de la Tunisie.  En plus, elle n’est pas issue de la dictature, elle est issue de la base syndicale et du mouvement ouvrier qui peut être porteur d’une politique pareille.

Mais les partisans de la Troïka reprochent à l’UGTT « d’abandonner sa mission syndicale pour se mêler de politique »

D’abord, cet avis ne correspond pas à l’histoire de l’UGTT, qui a participé aux élections en s’alliant avec le neo-destour. Cela ne correspond pas aussi à son rôle dans les affrontements politiques en 1978 et 1984 et puis encore une fois, une faut qu’il émerge un parti politique qui s’appuie sur l’UGTT ou une alliance politique entre un parti de gauche et l’UGTT.  

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