Médecins spécialistes/ gouvernement et ANC : entente impossible ?

santé Tunisie

Un dialogue de sourds semble être engagé depuis quelques mois entre les médecins et leur ministère de tutelle dirigé pourtant par l’un de leurs confrères : le docteur Abdellatif Mekki. Celui-ci, fort d’une majorité « parlementaire à l’ANC », voudrait faire passer une loi qui impose aux médecins spécialistes de travailler dans les régions intérieures.  Le ministre a pas mal de fois exprimé son exaspération par rapport au refus des médecins spécialistes, «  malgré les généreuses incitations financières », d’exercer dans les gouvernorats de l’intérieur.

 « Parmi les 1.167 médecins spécialistes, seulement 523 exercent à l’intérieur. Ce manque qualitatif et quantitatif n’est plus acceptable », a-t-il souvent déclaré devant les membres de la commission  des affaires sociales de l’ANC, les priant d’intervenir pour changer la donne.

Une loi coercitive

 Répondant à la demande gouvernementale, la commission a, avec le concours des cadres du ministère de la Santé, conçu un projet de loi portant sur l’amendement de la loi 21 de l’année 1991 en y ajoutant un article. Lequel article stipule que les médecins ayant obtenu le diplôme de spécialité devront, obligatoirement, travailler pendant trois ans dans les régions intérieures avant de pouvoir exercer à leur compte propre.

 Pour débattre de ce projet de loi, la commission a invité les gens de la profession. Mais ce qui allait être une concertation, et une discussion entre législateur et secteur professionnel, s’est transformé en une séance de quiproquo, voire de confrontation. La scène remonte au 24 juillet dernier. Dans la salle 5 de l’ANC, les représentants du syndicat général des médecins, des pharmaciens et des chirurgiens-dentistes de la santé publique ont été rappelé à l’ordre par plusieurs députés qui, tous, leur ont martelé «  le devoir de venir au  secours des Tunisiens de l’Intérieur, jusqu’ici privés de leurs droits à la santé, et qui, lors de la révolution, avaient payé les plus lourds tributs ».

 Agacé par ces allégations d’irresponsabilité et d’insensibilité voire de manque de professionnalisme, Sami Souihli, secrétaire général dudit syndicat, a dû, à maintes reprises, riposter avec fermeté et indignation : «  Nul ne peut douter de notre patriotisme, ni de notre professionnalisme !».

 C’est que selon lui, «  il est absurde et injuste de faire porter les tares de tout le système sur la conscience professionnelle des médecins spécialistes. ». Si le travail à l’intérieur est peu attractif, ce ne serait pas pour cause de régionalisme, mais plutôt par l’absence de structures adéquates. Et de préciser : « On ne peut pas envoyer un cardiologue dans un hôpital à Kasserine ou à Sidi Bouzid sans lui fournir les équipements nécessaires et l’équipe qui va le seconder. Un médecin spécialiste laissé-pour-compte ne peut rien faire », a déploré le syndicaliste.

La réforme doit être globale

 Pour lui, la réforme de la santé ne s’orchestre pas en mettant en place des lois coercitives, mais à travers un dialogue large et ouvert, qui permettrait de spécifier les chantiers prioritaires et de les entreprendre un à un. «  Il faudrait d’abord voir la première ligne de soins, l’infrastructure, les équipements, le déploiement du cadre paramédical », a-t-il insisté, avant d’ajouter : «  Un médecin qui travaille sous la contrainte ne peut rien donner.»

 Meriem Najjar, jeune médecin présente devant la commission,  a abondé dans le même sens que son confrère. Exerçant à l’hôpital Charles-Nicolle, dans des conditions qu’elle a décrites de « médiocres et de dangereuses », et « éprouvant un amour démesuré pour sa profession et envers ses patients quelles que soient leurs villes d’origine », la jeune femme a avoué, très émue, en sortant de la salle : «  Je suis sidérée, j’ai eu le sentiment d’être assise sur un banc d’accusé. Pourquoi nous ont-ils fait un tel réquisitoire ? »

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