Ennahdha manœuvre-t-il sur le dossier de l’initiative de l’UGTT ?

Ennahdha a-t-il oui ou non accepté l’initiative de l’UGTT ? Si la déclaration de Rached Ghannouchi, président du mouvement islamiste ainsi que le communiqué publié le jour même (22 août 2013) ont jeté le trouble avec cette mention que le gouvernement Laarayedh continuera jusqu’à la constitution du gouvernement qui lui succèdera. Un trouble visible dans les propos des délégués d’Ennahdha sur les plateaux radio et Tv qui ont eu ce mot à la bouche prononcé du reste par le président du mouvement concernant l’initiative de la centrale syndicale considérée « comme base des négociations ».

Le non-dit relevé par nombre de dirigeants de l’opposition est le suivant : l’initiative est un point de départ et non une initiative qu’Ennahdha prend en totalité. Dans sa déclaration Rached Ghannouchi a indiqué d’ailleurs que son mouvement a des propositions concernant la mise en place de cette initiative. Faut-il croire qu’il souhaite la modifier en refusant par exemple la démission préalable du gouvernement Laarayedh comme le communiqué d’Ennahda le précise ? Ou encore que le gouvernement de compétences proposé par l’initiative de l’UGTT pourrait ne pas être aussi « technocrate » que ça ? Ennahdha tient-il à ce qu’il intègre des « Troïkistes » ou qu’il soit dirigé par un Nahdaoui ?

L’acceptation de l’initiative de l’UGTT n’est pas aussi facile que cela

L’opposition –ou du moins une partie d’entre elle- n’a sans doute pas toujours bien saisi. Et certains ont crié déjà à la manœuvre en affirmant que le mouvement islamiste souhaite simplement gagner du temps et fissurer les rangs de l’opposition. D’où l’attachement de l’opposition à une lecture stricto-sensu de l’initiative qui parle d’abord de démission du gouvernement avant la constitution d’un autre composé de compétences.

Cependant et quelle que soit la tactique d’Ennahdha qui souhaite ne pas accepter tout d’un coup, mais d’aller crescendo en tirant de l’autre partie des concessions et quelle que soit l’évolution des choses, force est de reconnaître que l’acceptation de l’initiative de l’UGTT n’est pas aussi facile que cela pour ce mouvement qui peut être traversé par une crise sans précédent. Ce que sa direction et notamment son président souhaitent évidemment lui épargner.

Car, un des problèmes importants liés à l’initiative de l’UGTT concerne la capacité du mouvement à ne pas subir une crise interne qui présente le risque de fissurer ses rangs et à ne pas lui permettre d’avancer vers les élections prochaines dans les meilleures conditions. Beaucoup pensent que la rédaction du communiqué, qui a suivi la déclaration de Rached Ghannouchi, entre dans ce cadre. Tout le monde sait que le mouvement n’est pas aussi soudé que cela. Alors que des dirigeants sont  des personnes d’ouverture, qui prônent le pragmatisme, d’autres sont des doctrinaires, qui ne souhaitent pas bouger d’un iota l’édifice doctrinaire auquel ils tiennent. Deux dirigeants du parti, Abdelfattah Mourou et Samir Dilou, ont été rappelés à l’ordre pour des déclarations qui ont été jugées peu conformes à l’ « agenda politique » du mouvement.

La légitimité des urnes

Cette réalité caractérise aussi la base du mouvement qui est également divisée, même si la règle de conduite, comme dans nombre de mouvements islamistes, est la discipline. Reste qu’après avoir crié pendant des semaines et des semaines qu’il s’en tient à la légitimité des urnes qui a porté le mouvement au pouvoir, il est difficile pour Ennahdha d’accepter tout de go une initiative qui la remette en cause. Souvenez-vous, le samedi  3 août 2013, Ennahdha a fait descendre des milliers de ses partisans à la Kasbah pour dire tout le bien qu’il pensait de cette « légitimité ». Le chef du mouvement a comparé ce rassemblement à « la conquête de la Mecque »  par le Prophète Mohamed (SAWS).

Comment faire accepter aussi par les militants et sympathisants de la base cette rencontre du 15 août 2013, sous les lambris d’un grand hôtel parisien, avec Béji Caïd Essebsi, président du parti de Nidaa Touness, que l’on a toujours décrié comme un « Zalam », un homme de Ben Ali. Et auquel le chef d’Ennahdha serait venu proposer un deal fait de maroquins ministériels pour sortir de la crise consécutive au martyre de Mohamed Brahmi. Un homme qui est à l’épicentre d’un projet de loi, semble-t-il enterré, pour « immuniser » la révolution. Puisque le projet de loi le viserait en premier lieu.

Selon le vice-président du mouvement Ennhadha, Abdelfatah Mourrou, a soutenu que la rencontre Ghannouchi-Essebsi aurait suscité « l’embarras de certains dirigeants du mouvement » !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here