Habib Kazdaghli : le fonctionnement de l’Anc a bloqué le processus de la transition démocratique

Dans le cadre d’un dossier intitulé « Le paysage politique tunisien vu par les intellectuels et les artistes », Habib Kazdaghli professeur d’histoire contemporaine et doyen de la Faculté des lettres et des humanités de la Manouba nous expose dans une interview exclusive ses prises de position sur la situation actuelle du pays.
L’Economiste Maghrébin: Comment évaluerez-vous la situation du pays après le troisième assassinat politique ?

Habib Kazdaghli : Ce troisième assassinat après celui de Lotfi Naguedh président de l’Union régionale des agriculteurs de Tataouine et coordinateur du bureau de Nidaa Tounes à Tataouine et celui de Chokri Belaïd, Secrétaire Général du Mouvement des patriotes démocrates unifié marque un échec politique et moral du second gouvernement du Troïka, il assume cette responsabilité à la fois de ces assassinats et dévoile son incapacité de diriger la seconde phase de la transition.
Ce qui est important aujourd’hui c’est de converger sur une feuille de route à respecter jusqu’aux élections. Cette tâche, après ces assassinats, ne peut être conduite par un gouvernement politisé, elle doit être exécutée par un gouvernement de compétences nationales qui ne doit pas se présenter aux prochaines élections.
Professeur, dans cette période tendue, une majorité écrasante de l’opposition tunisienne revendique la dissolution de l’ANC. Selon vous, revendication logique ou retour à la case du départ ?
Ce qui m’intéresse c’est de retourner au consensus qui l’a créée, consensus volé par les usurpateurs de la troïka. Ils ont cru qu’ils ont pris le pouvoir, alors qu’il s’agissait d’un mandat transitoire pour rédiger une constitution en une année de temps; leur légitimité électorale s’est épuisée depuis le 23 octobre 2012, elle n’est plus suffisante, elle doit être épaulée par une autre légitimité celle du consensus. Ils refusent et s’attachent au pouvoir, ne fixent pas de date, se basent sur la majorité pour pouvoir imposer leur vision. La révolte exprime un désir de refus de la dictature. Les intellectuels se doivent de soutenir cet élan, ressuscité par le troisième assassinat politique.
Pour ce qui est de l’ANC et de son avenir, ça va dépendre de l’issue des négociations. Je pense que le fonctionnement de l’ANC a bloqué le processus de transition, mais je laisse aux négociateurs de décider de son avenir, l’essentiel c’est qu’il y ait une forte volonté politique pour décider de l’avenir de la transition et d’aller au plus vite aux élections.
Je n’ai pas d’avis personnel à émettre, je fais confiance à l’alliance qui s’est faite sur le terrain entre les députés qui s’étaient « mis en retrait », je leur fait confiance pour exprimer notre volonté, je les appuie dans la recherche d’une vraie solution et marquer un nouveau tournant pour que notre rêve ne soit pas confisqué. Je refuse l’exclusion de quiconque, mais la voie poursuivie par la troïka est dangereuse et prépare une nouvelle dictature, il faut corriger le processus de transition. Rappelons-nous la troïka a montré plus d’une fois, qu’elle ne recule que suite à la pression.

Le rôle des intellectuels dans cette situation critique ?
Les intellectuels ont été les premiers à subir les pressions des salafistes soutenus par Mouvement Ennahdha, ma faculté a été une des premières victimes. Personnellement, j’ai subi une traduction en justice qui s’est prolongée pendant 10 mois, les journalistes ont subi cette pression, les artistes, nos symboles culturels et patrimoniaux.
Les intellectuels et hommes de culture doivent soutenir ce nouvel élan de la liberté qui continue l’élan de décembre 2010 et janvier 2011, nous n’avons pas le droit à la neutralité, nos libertés académiques et l’avenir de nos recherches dépendent de l’issue de ce qui se passe au Bardo.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here