Si le Ramadan kairouanais m’était conté !

Prière des Traouih et veillées dans les cafés rythment la vie à Kairouan pendant le mois du Ramadan ; en attendant la deuxième moitié du mois saint synonyme d’emplettes. La ville vit quoi qu’il en soit en grande partie la nuit. Choses vues en ce début de Ramadan 2013.

A Kairouan, chaque jour du mois saint du Ramadan que Dieu fait, c’est le même spectacle. A quelques instants de la rupture du jeûne des centaines de personnes se précipitent  vers les boulangeries de la ville. « Khobz Sinya », un pain gros et rond, « Khobz Smeed », un pain fabriqué à partir de la semoule, « Khobz kameh », un pain aux céréales… Le pain est une attraction qui fait courir les foules et provoque des bousculades dans des boulangeries qui constituent de véritables enseignes du pain bien fait : boulangerie d’Essayed, Boulangerie Bouffondar, Boulangerie Baroutta, Boulangerie Chiha,…

 « Chaque jour, c’est la même rengaine », soupire Sahbi, un employé de la boulangerie de Chiha, située à Bab Jeladdine, la principale artère de la ville des Aghlabides. « Il y a ceux qui veulent acheter du pain « plus frais que frais ». « Ils se saisissent directement au four, négligeant le pain que je m’affaire à placer sur les présentoirs », se lamente-t-il.

Chkouba, rami  et  belotte

Autre spectacle saisissant, celui des clients qui viennent remplir, à quelques heures également du jeûne, des thermos entiers de café filtre, un café bouilli que l’on ne retrouve plus que dans  les villes de l’intérieur. Là aussi, les enseignes ne manquent pas : Café Taktak, Café Amor, Café Neptune, Café Azouzzi, Café du Joker,…

Les cafés constituent, en ce mois de Ramadan, comme du reste un peu partout en Tunis, un lieu de rencontre, après la rupture du jeûne. Au café Amor, à l’Avenue de la République,  les tables ont été dressées à même le trottoir pour recevoir les joueurs de cartes de chkouba, de rami et de belotte, ou encore les joueurs de dominos, auxquels il arrive de rester  jusqu’à Al Imsek, l’heure à laquelle il n’est plus possible de manger.

Beaucoup  s’y rendent après la prière des Traouih. C’est que la piété fait partie du patrimoine de la ville que certains qualifient de quatrième ville de l’Islam. Une légende dit que la ville comporte autant de mosquée que de jours de l’année, soit 365. La plus grande- et sans doute la plus connue- est celle de Oqba Ibnou Naffa, construite  en 670. Celle-ci, qui s’étale sur 9000 mètres carrés, accueille tous les soirs la grande foule. Mais il y a également la Mosquée de Sidi Sahbi, le plus grand saint de la ville, un des compagnons du prophète Mohamed. Il y a aussi la Mosquée des Trois portes, un monument architectural. Construite  au IXeme siècle, elle compte la plus ancienne façade de mosquée sculptée et décorée dans les pays musulmans.

A moins que l’on soit obligé de se lever le lendemain pour aller travailler

A partir de la deuxième moitié du mois de Ramadan, la Médina s’anime. Notamment la grande avenue qui sépare Bab Jeladine de Bab Tounes. Dans cette grande avenue, les boutiques se bousculent à droite et à gauche pour accueillir les Kairouanais venus faire les emplettes de l’Aïd. Ou pour achèter des vêtements et des gâteaux. Dont le fameux Makroukh, un gâteau à base de semoule farci de pâtes de dattes. Qui a lui aussi ses enseignes : Bensoukrana, Seghni, Omrani, Bouhafer,… Certains Kairouanais se rendent à l’occasion aussi  chez les cuivreurs de la ville pour étamer qui un sceau, qui un bol, qui une casserole.

«  Mais pour l’heure, on préfère encore rester à la maison », annonce Rafika, qui prend du plaisir à recevoir les soirs chez elle ses frères et sœurs, ou encore ses beaux-frères et belles-sœurs. Autour d’un thé et d’un bol d’Akid, une spécialité bien kairouanaise faite d’amidon, de lait, d’eau et de sucre que l’on garnit quelquefois d’amendes.

Les soirées se prolongent souvent jusqu’à Al Imsek. « Car avec la chaleur qu’il fait- le thermomètre a avoisiné 42 degrés le samedi 13 et le dimanche 14 juillet 2013-, on ne vit pratiquement que la nuit. A moins que l’on soit obligé de se lever le lendemain pour aller travailler », sourit-elle. Ce qui est loin d’être son cas, encore moins celui de son mari Taoufik. « Nous sommes tous les deux des instituteurs », lance-t-elle pour conclure son propos.

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