L’agriculture est un véritable enjeu de société

En Tunisie, l’agriculture est un secteur clé sur les plans économique, social et d’aménagement du territoire. Et pourtant, sa position et ses multiples contributions ne sont pas toujours clairement identifiées et reconnues par tous, dans un contexte de libéralisation des échanges, de flambée des prix des matières premières agricoles, d’approfondissement du déficit alimentaire et de changement climatique.

Il est donc temps de  mieux saisir les multiples enjeux du secteur de l’agriculture, notamment face à la libéralisation des échanges avec l’Union européenne.

En chiffres, l’agriculture représente, en Tunisie, 12% du PIB et la croissance soutenue de la production a dépassé les 3% durant les 20 dernières années. Le secteur occupe 18% de la main d’œuvre nationale mais il souffre, notamment, d’un recul des investissements publics de 10%, d’un faible accès aux crédits de 7% et d’un taux d’assurance des risques faible de 3%.

Face à ces contraintes, les défis sont majeurs : on peut citer la libéralisation des échanges, l’instabilité des prix et l’adaptation au changement climatique.

Afin de relever ces défis, il faut revoir le système agricole, connu par la forte variabilité des productions en régime pluvial, l’augmentation de la demande en produits alimentaires, la pression sur les ressources, la faible intégration des filières et l’absence de soutien financier.

Dans le même sillage, l’agriculture tunisienne est caractérisée par de multiples atouts à développer, à savoir une position géopolitique intéressante, des ressources humaines et d’expertise technique compétentes, une mobilisation des ressources hydriques, des avantages comparatifs pour certains secteurs (dattes, huiles d’olive, primeurs…), des traditions de partenariat avec l’Union européenne et une croissance des industries agroalimentaires qui entraine la production vers le haut.

Dans ce sens, un nouveau paradigme exige la conciliation de la rentabilité et de la durabilité du secteur agricole, à travers la production durable, la préservation des ressources et la réduction des inégalités.

D’autres  enjeux vitaux sont à signaler ; ils se résument comme suit :

-Repenser notre modèle de développement agricole, trop dispendieux et pas assez efficace.

-Renforcer les capacités des organisations paysannes (OP) et structurer les filières de production.

-Améliorer le revenu des agriculteurs.

-Revoir nos systèmes de production.

-Préserver les ressources naturelles.

-Utiliser d’autres techniques basées sur une mécanisation importante visant une réelle autosuffisance de la production.

Ces enjeux majeurs ne sont qu’une démarche stratégique pour concilier entre le moderne et l’économique. Et pour réaliser cette conciliation, l’accompagnement de l’Etat demeure nécessaire, au niveau des exploitations, à travers l’appui à l’investissement agricole, un meilleur financement, un processus de mise à niveau, l’encouragement des jeunes, l’amélioration de la formation, la redéfinition du cadre législatif et le renforcement des filières.

D’ailleurs,  un débat national sur l’agriculture et l’alimentation s’impose, parce que sans vision claire, on n’arrivera pas à relever les défis et on laissera toujours planer le spectre de l’insécurité, ce qui aggravera la paupérisation du monde agricole et rural.

Il est à rappeler que Mohamed Ben Salem, ministre de l’Agriculture a déclaré, récemment, que les négociations officielles entre l’UE et la Tunisie sur la signature de l’accord de libre échange complet et approfondi (ALECA),  englobant entre autres le secteur agricole, ne doivent pas concerner tous les produits agricoles, surtout que certaines filières agricoles ne sont pas en mesure de concurrencer certains produits agricoles européens.  L’agriculture tunisienne n’est pas, selon lui, actuellement en mesure de concurrencer l’agriculture européenne.

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