Ettakatol se justifie et justifie ses choix

Dans les congrès des partis politiques, il y a du monde ; des congressistes, des observateurs, des invités, des banderoles, des slogans, des chants et des hymnes. Mais il y aégalement des idées et des impressions générales, qui émergent et planent dans l’espace du congrès pour lui donner un rythme, une cadence, de la substance et de la couleur. Hier, durant la première journée du deuxième congrès national du parti Ettakatol qui s’étale sur trois jours sous la voûte du Palais des congrès, quelques idées ont particulièrement devancé les autres.

La première est que le parti de Mustapha Ben Jaâfer « se porterait bien, et ce, au grand dam de ses ennemis et de ses détracteurs ».Ce ton de victoire porté par la majorité descongressistes, toutes générations confondues, a été parfois exprimé tacitement. Plusieurs autres l’ont souligné noir sur blanc. Le secrétaire général sortant Mustapha Ben Jaâfer, qui a déjà passé 19 ans à la tête du parti et dont la reconduction pour un mandat de quatre ans supplémentaires est tributaire de la volonté des congressistes, a tourné en dérision « ceux qui ont remis en question l’existence du parti ».

Aux allégations de déviation par rapport à la ligne social-démocrate du parti, Mohamed Msaed,  membre du bureau exécutif, a répondu avec fermeté et verve : «  Ces accusations sont infondées, ceux qui nous attaquent n’ont qu’à revenir sur nos prises de position et lire nos communiqués qui ont toujours été en conformité avec nos valeurs et nos principes. » A cet égard, le jeune cadre a cité le soutien «  infaillible de son parti aux journalistes, aux libertés et aux droits de l’Homme», et s’est enorgueilli qu’Ettakatol ait été le défenseur zélé de la décentralisation, et le précurseur de tout un chapitre consacré aux collectivités locales dans le projet de Constitution. Quant aux penchants libéraux allégués à certains membres d’Ettakatol au gouvernement, en l’occurrence le ministre des Finances, Elyes Fakhfekh, Mohamed Msaed les a balayés d’un revers de la main. « Le dossier du prêt du FMI s’est entouré de beaucoup d’intoxications, a-t-il estimé. On a même comparé l’accord de 2013 à celui de 1986, ce qui est une aberration. Nous n’avons pas, cette fois, opté pour des concessions douloureuses, nous nous sommes plutôt engagés sur des réformes sur lesquelles nous avons la totale maîtrise. »

La totale maîtrise, les congressistes d’Ettakatol ont assuré l’avoirégalementsur leur « avenir et leur pérennité ». Depuis son alliance « stratégique », au lendemain des élections du 23 octobre 2011, avec  le mouvement Ennahdha – une alliance qui ne « relèved’aucun cas de fusion ni de suivisme » (dixit Mustapha Ben Jaâfer)-, Ettakatol a subi des coups durs : démissions massives au niveau de ses adhérents, désengagement de plusieurs de ses partisans déçus par l’alliance avec les islamistes, perte de certains de ses députés à l’ANC et l’émergence, récemment, d’un courant réformiste qui revendique un «  retour aux sources et aux valeurs de la social-démocratie ». A ces faits, les avis des membres d’Ettakatol n’ont divergé que peu. Pour Mohamed Msaed, le courant réformiste « est une tentative ultime de déstabilisation, évitée grâce à l’union sacrée de (leurs) militants ». Pour Khalil Zaouia, le ministre des Affaires sociales, c’ est carrément une « mascarade ». Abdellatif Abid, l’un des membres fondateurs du parti, estime, lui, que « ceux qui se prétendent porteurs d’un projet réformiste ne sont qu’une minorité en rupture de ban».  Quant aux démissions des députés, il les a relativisées tout en mettant l’accent sur les nouvelles recrues comme Tarek Laabidi et Arbi Abid.  Ettakatol , qui a raflé aux élections du 23 octobre 2011 20 sièges, tout en se voyant attribué le prestigieux poste de président de l’ANC, se trouve désormais avec 13 représentants à l’hémicycle.

L’autre exploit que les membres d’Ettakatol ont essayé de mettre en exergue est « la perspicacité de leurs choix ». « Les évènements auraient montré la justesse des choix d’Ettakatol ». Autrement dit, « l’alliance de deux partis laïcs avec Ennahdha éviterait à la Tunisie un scénario à l’égyptienne ». C’est ce qu’a laissé entendre Mustapha Ben Jaafer, dans une allocution durant laquelle il a porté plusieurs casquettes en même temps : celle de l’opposant à Ben Ali, quia rappelé les batailles communes ayant uni Mohamed Harmel (figure phare du communisme tunisien), Ahmed Mestiri (l’un des pères du socialisme en Tunisie) et le leader islamiste Rached Ghannouchi ; celle du secrétaire général d’Ettakatol, et surtout, celle du président de l’ANC. Sur ce dernier point, il a appelé avec insistance au consensus, «  non pas celui qui embellit les discours et les harangues, mais celui qui se traduit en faits concrets. » Selon ses dires, « l’ANC a fait un effort considérable pour rédiger un projet de Constitution qui n’a besoin que de quelques retouches pour surmonter les points de désaccord ». Ses détracteurs, et de manière générale  l’opposition l’entendent-ils ainsi ?

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