Tunisie : Une transition énergétique s’impose pour un futur meilleur

Le paysage énergétique tunisien est marqué par une évolution contrastée entre la stagnation des ressources nationales et l’augmentation de la demande. Les derniers chiffres du ministère de l’Industrie prévoient une baisse de 5% de la production d’énergie contre une hausse de la demande de 6%.

Durant les deux dernières décennies, la production d’hydrocarbure a oscillé entre 6 et 7 Mtep, alors que la demande d’énergie primaire a connu une croissance annuelle moyenne de 3.1%, dégageant ainsi un déficit énergétique structurel  atteignant 1,6 Mtep pour l’année 2012 et 1,9 Mtep prévu en 2013.

Avec les tendances actuelles, soit une stagnation des ressources à 7 Mtep et une réduction de l’intensité énergétique à 2% par an, ce déficit risque d’atteindre 3.5 Mtep en 2020 et 7.7 Mtep en 2030.

Quant à la subvention de l’Etat pour les produits pétroliers, elle est passée de 550 MD en 2010 à 1536 MD en 2011, pour atteindre les 2700 MD en 2012, représentant ainsi 10,6% du budget de l’Etat et 4% du PIB.

Avec le rythme de croissance enregistré, le déficit deviendra beaucoup plus important si de nouvelles découvertes de gaz ne sont pas mises en valeur et/ou si les futures nouvelles centrales continuent d’être alimentées uniquement au gaz. Pour cette raison, une priorité devrait être donnée aux mesures permettant de sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays et de diversifier et optimiser l’utilisation des différentes sources énergétiques possibles, en particulier à la production d’électricité.

Quels choix pour la Tunisie?

Le ministère de l’Industrie estime que les potentialités en matière de ressources d’énergies renouvelables et fossiles méritent d’être mieux traitées en Tunisie, car les études montrent un potentiel non négligeable…

L’énergie éolienne, la biomasse, l’énergie géothermique et surtout l’énergie solaire ont l’avantage  d’être des ressources relativement abondantes. Leurs technologies ont atteint une certaine maturité  au niveau de la production et de l’application.

La production à partir des énergies renouvelables a enregistré une augmentation grâce à l’installation des centrales éoliennes.

Du point de vue du potentiel solaire, la Tunisie est située dans une zone où la durée annuelle d’ensoleillement se situe entre 2400 et 3000 h/an. Cette durée peut être jugée importante en comparaison avec d’autres régions du monde.

Quant au rayonnement solaire, les données du ministère  indiquent que la moyenne annuelle en Tunisie varie entre 2,3 et 4 kwh/m2. Les valeurs maximales peuvent atteindre 7 à 8 kwh/m2 pour certaines régions, durant les mois d’été.

Toutefois, le plan solaire mis en œuvre est en cours d’actualisation.

Le charbon, depuis l’accident nucléaire de Fukushima, revient, quant à lui, sur la scène. C’est la deuxième source d’énergie au monde avec 27% (le pétrole 33%, le gaz 21% et le nucléaire 6%). La première source est l’électricité qui fournit 41% en moyenne, parfois beaucoup plus (75% en Chine, 49% aux Etats Unis et 46% en Allemagne).

Le charbon demeure de très loin la source d’énergie la moins chère et la plus abondante, et les réserves sont bien réparties géographiquement. Son utilisation suscite une grande méfiance, tant chez les écologistes que chez les citoyens et l’acceptabilité des projets,  qui risque d’être un frein majeur à son développement.

A propos de l’éolien, l’objectif est d’installer à l’horizon 2009 une capacité additionnelle de 100 MW en plus des 20 MW déjà installées par la STEG et leur extension en cours de 55 MW, ce qui permettrait d’atteindre une capacité totale installée d’environ 155 MW à cet horizon. Le programme éolien vise également l’encouragement  des industries autoproductrices d’énergie, notamment les industries grosses consommatrices d’électricité, telles que les cimenteries, à installer des parcs éoliens à son  propre compte en essayant d’intégrer la composante MDP (Mécanisme pour un développement propre) comme élément de financement de leur projet.

Quant au nucléaire, en novembre 2006, le gouvernement tunisien avait pris la décision d’étudier l’opportunité d’introduire l’option nucléaire dans le système électrique tunisien, et a chargé la STEG  de réaliser une étude de faisabilité technico-économique relative à cet aspect. Cette décision est motivée principalement par une demande croissante en électricité et une production limitée des hydrocarbures dont les coûts sont en perpétuelle augmentation.

C’est dans ce cadre que la STEG a entrepris l’étude d’évaluation des différentes options de développement en mix-énergétique du parc de production d’électricité de la Tunisie à l’horizon 2031, et ce, en collaboration avec l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Cependant, l’option nucléaire se heurte au coût de cette infrastructure considérée comme élevé ainsi qu’aux besoins en eau très importants, outre l’opposition écologique à cette forme d’énergie. D’autant plus que le nucléaire est de plus en plus remis en cause suite au grave incident de Fukushima en 2011.

Concernant le gaz de schiste, les évolutions technologiques ont permis des découvertes de gaz non conventionnel menant ainsi à une réévaluation du gaz naturel dans le monde. Ainsi, la production de gaz naturel a enregistré une importante croissance de 7,3% en 2010.

Grâce au gaz de schiste, les Etats-Unis sont ainsi devenus les premiers producteurs de gaz naturel, déclassant la Russie, qui demeure néanmoins leader en termes d’exportation.

L’exploitation du gaz de schiste nécessite une technique spécifique, à savoir la fracturation hydrique qui permet d’atteindre un plus grand volume de roche avec un seul forage. C’est un processus injectant l’eau, le sable et des produits chimiques sous pression dans les roches afin de libérer le gaz emprisonné.

Dans le monde, le ministère de l’Industrie dévoile qu’il y a 48 bassins sédimentaires dans 32 pays contenant environ 70 formations de gaz de schiste (shale gas). Les estimations techniques des réserves récupérables de gaz naturel dans les 32 pays sont de 5.760 Tcf  (trillion cubic feet), sans tenir compte des réserves aux Etats Unis.

Pour les réserves récupérables de gaz de schiste dans le sud tunisien, elles  sont de l’ordre  de 0.509 milliards m3 (18 Tcf). Le shale gas en Tunisie se trouve dans la formation argileuse de Tannezuft, située dans le bassin de Chadamas, s’étendant sur le Sud tunisien et l’Ouest de la Libye. Cette formation est constituée de gaz de schiste d’âge silurien inférieur.

Ladite formation est moins  profonde vers le Nord et à l’Est avec une profondeur moyenne d’environ 2500 m et devenant plus profonde au sud et au centre du bassin jusqu’à 5000 m. Les réserves dans cette formation sont estimées à 14.72 milliards m3 (520 Tcf), alors que les récupérables sont de l’ordre de 4,42 milliards m3 (156 Tcf).

Une nouvelle vision

La nouvelle Tunisie a besoin, aujourd’hui,  d’une transformation énergétique pour construire un futur meilleur. L’avenir énergétique de la Tunisie doit donc s’inscrire pleinement dans cette logique et considérer le droit à l’énergie comme un droit fondamental, mais aussi une richesse pour le pays qu’il est vital de créer et de préserver.

L’accès à l’énergie est une équation nécessaire pour toutes les activités économiques et à la dynamique sociale : santé, construction, transport, communication et information, industrie et commerce…L’énergie est partout nécessaire car elle génère l’emploi et le bien-être. C’est pourquoi, les Tunisiens  revendiquent une nouvelle vision du secteur de l’énergie.

Pour ce faire, un débat national sur l’énergie a été lancé pour la première fois en Tunisie par les parties prenantes. Ce  débat, basé sur une approche participative, vise l’élaboration d’une vision prospective claire qui met en place toutes les stratégies sectorielles dans le domaine de l’énergie.

L’objectif est d’instaurer une stratégie énergétique à l’horizon de 2030, permettant de réaliser l’autosuffisance dans ce domaine et  de garantir l’approvisionnement du pays en ressources énergétiques.

Cette stratégie est axée sur la rationalisation de la consommation d’énergie dans tous les domaines économiques, le développement des ressources nationales en hydrocarbure et la préservation de l’environnement, outre le renforcement de la connexion électrique avec les pays voisins et les pays de la rive nord de la Méditerranée.

Les grandes lignes de cette stratégie seront présentées fin octobre 2013, lors d’une séance ministérielle, puis soumises à l’Assemblée Nationale Constituante pour approbation.

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