Revendiquer le droit au travail est un crime

Revendiquer le droit au travail pacifiquement semble devenir un crime abominable à l’époque du « meilleur gouvernement de l’histoire de la Tunisie ». La révolution de la liberté et de la dignité n’est  pas passée par Dkhila, région rurale, située à 48 kilomètres de Tunis, dans le gouvernorat de la Manouba.
« Ce qui s’est passé à Dkhila est pareil à l’insurrection du bassin minier. Disons que c’est un deuxième bassin minier », déclare l’avocat Jemâa Ben Masâoud, lors d’une conférence de presse tenue ce matin au siège du Syndicat national des journalistes tunisiens à Tunis.
Flash back : l’affaire remonte au 23 août 2012, date à laquelle l’investisseur  Mohamed Ali Saïd, exploitant 2300 hectares de terres agricoles, licencie 70 ouvriers,  sous prétexte de mécaniser ses terres et de réduire la main-d’œuvre.
Du jour au lendemain, plusieurs familles se retrouvent dans un état de nécessité absolue. Rappelons que l’investisseur exploite un terrain étatique et que la terre lui a été louée pour le dinar symbolique. De plus, parmi les clauses qui figurent dans le cahier des charges, il y a l’exigence du recrutement d’ouvriers de la région.
La réaction des habitants fut pacifique et digne: sit-in avec préavis déposé auprès des autorités locales. Mais cela n’a pas empêché les forces de l’ordre de procéder à l’arrestation arbitraire de jeunes, en usant de bombes lacrymogènes, de méthodes d’intrusion et de violences verbale et physique.  Presqu’un an après les faits, Chaker Arfaoui, Ridha Riahi, Seifdine Arfaoui, sont toujours en état d’arrestation et comparaîtront devant le juge d’instruction du Tribunal de première instance de Tunis le 12 juillet  pour plusieurs chefs d’accusation : constitution de bande, incendie et atteinte à la propriété privée.
La mère de Chaker nous raconte que son fils a été arrêté devant l’hôpital Kasab, lorsqu’il ramenait son père pour effectuer un massage. Face au choc, le père a subi une crise d’apoplexie et puisque Chaker a été arrêté par les forces de l’ordre, son père est resté seul dans un état déplorable.
«  Oui, la torture existe encore après la révolution. Ridha Riahi, a été torturé et violé par les force de l’ordre la nuit de son arrestation, le 26 août », affirme Sawsen Salemi avocate et membre du comité de soutien des prisonnier de Dkhila. A en croire l’avocate, la torture est encore une pratique courante dans les postes de police. Rappelons, à ce propos, que Samir Dilou, ministre de la Justice transitionnelle et des droits de l’Homme,  lors d’une conférence de presse tenue quelques mois auparavant, a déclaré que la pratique de la torture est encore présente et qu’il y sera remédié !
Par ailleurs, l’avocate a insisté sur l’innocence des trois jeunes : «  Ils n’ont commis aucun crime, leur seule revendication est le travail ». Avant d’ajouter : «  Ce genre d’agissement a le seul objectif de soumettre tous ceux qui revendiquent  le droit au travail ».
Rappelons que l’affaire inclue 12 accusés, trois en état d’arrestation, huit en cavale et un en libération provisoire. Quant au gouvernement tunisien, il reste réfractaire à cette situation alarmante.
Hamadi Zghbi, représentant de la Ligue tunisienne de la défense des droits de l’Homme a affirmé qu’il a rencontré Maherzia Laabidi, la vice présidente de l’Assemblée nationale constituante. Cette dernière lui aurait promis de concerter avec le ministère de l’Agriculture et ministère des Domaines de l’Etat et des affaires foncières mais aucune réponse n’a été donnée à ce jour.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here