Peut-on comprendre l’informel ?

Le secteur informel ne cesse de générer des inquiétudes auprès des représentants des différents acteurs économiques : gouvernement, secteur privé (entreprises) et société civile représentée par les réseaux associatifs. Des appréhensions plutôt justifiées, car le secteur informel représenterait en 2010, selon la Banque Mondiale 38% du PIB tunisien et 53% de l’ensemble de l’emploi du pays. Pour mieux « faire face » à ce phénomène, il vaudrait mieux commencer par le comprendre : c’est ce qu’a essayé de faire TAMSS ( Tunisian Association For management and social Stabiliy) en partenariat avec Global Fairness Initiative ( GFI) et Partners For Demoratic Change. En menant une enquête sur 1203 personnes réparties sur six régions de la Tunisie- Tunis, Le Kef, Kasserine, Gafsa, Sfax , Medenine-TAMSS, selon sa présidente Mme Chéma Gargouri, cherche non seulement à comprendre l’informalité mais aussi à faire valoir le rôle de la société civile dans la lutte contre ce phénomène.

Mini-portrait du secteur informel tunisien

Désignant toute activité irrégulière « se réalisant en marge des circuits économiques organisés », le secteur informel tunisien ne cesse de croître, malgré l’inexactitude des chiffres qui peuvent selon le Ministre de l’Emploi, M. Naoufel El Jammeli, induire le gouvernement en erreur et rayer les pistes pour entreprendre les bonnes stratégies. En effet, d’après le ministre, les personnes travaillant dans le secteur informel se déclarent comme étant sans emploi et donc falsifient les données concernant le chômage en Tunisie.

Quoi qu’il en soit, les données fournies par la Banque mondiale permettraient de dresser une image approximative du secteur informel : outre sa part du PIB, la main-d’œuvre occupant le secteur est largement masculine (73.5% d’hommes), entre 25 à 54 ans (82,7%) et non diplômés de l’enseignement supérieur (77,5%  ayant reçu une éducation élémentaire). La main-d’œuvre informelle n’est pas couverte par la sécurité sociale ou l’assurance maladie. Le secteur informel connait également selon le rapport de la BM entre 2005 et 2009, une croissance de  « 6,1%, passant de 50,5 à 53,5% du taux d’emploi total ». En effet, sur 261 000 emplois créés dans l’ensemble de l’économie, 198 360 emplois (soit 76%) ont été créés dans le secteur informel. L’informalité est aussi présente partout : industrie, construction, commerce, transport, agriculture sous forme de micro-entreprises, en dehors de tout cadre réglementaire. S’y ajoute les grandes entreprises enregistrées, décidant de se soustraire partiellement à l’impôt sur les sociétés ou les cotisations.’’

Les résultats de l’enquête TAMSS concordent avec ceux de la Banque Mondiale. En effet, l’étude relève que sur les 1203 personnes interrogées et travaillant dans le secteur informel, la majorité est de sexe masculin (66.2% d’hommes contre 33.8% de femmes). Les travailleurs informels ayant reçu une éducation supérieure représentent seulement 11.3% contre 40.2 % ayant reçu seulement une éducation primaire et 37.3% une éducation secondaire. Les travailleurs dans l’informel se trouveraient dans des situations de vulnérabilité (77.8% des employés informels gagnent moins de 200Dt/mois). Ceci est aggravée par une ignorance prépondérante des régimes de couvertures sociales (80% ignorent complètement les procédures et les étapes pour avoir une couverture sociale), du SMIG ou SMAG, des contrats de travail ou droit de travail.

Une situation précaire, confirmée par les doutes qu’ont exprimé 80% des sujets de l’enquête, qualifiant la situation actuelle « d’incompréhensible, douteuse, se préoccupant de la pauvreté, du chômage et de la violence’’.

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