« Attention à ne pas faire de provocation, à être un peu au-dessus de ce qui est généralement acceptable par la société »

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Au terme de sa journée de travail européenne à Bruxelles, le Chef du gouvernement Ali Laarayedh s’est entretenu avec un journaliste du journal belge la Libre Belgique.be. Dans une interview publiée aujourd’hui sur le site du journal ( Lalibre.be), le dirigeant nahdhaoui a essayé, en six réponses, de clarifier le regard porté par les Européens sur notre pays. Il s’est agi principalement des dernières évolutions du paysage politique national et de l’état des lieux au niveau des droits et libertés.

Interrogé sur la possibilité d’organiser les prochaines élections avant la fin de l’année 2013, Ali Laarayedh a déclaré que « sa promesse était que le gouvernement s’évertue et fournisse le maximum d’efforts pour que les élections aient lieu d’ici la fin de l’année ». Espérant que l’ANC approuve le projet de la constitution d’ici fin juillet, il a estimé l’échéance, dans ce cas, tenable.

Le Chef du gouvernement a dans ses propos précisé ses distances par rapport aux deux autres présidences. Alors qu’il a exprimé une certaine satisfaction du rendement de l’ANC, qui est, selon ses dires, « à pleine vitesse ces derniers temps pour finaliser la Constitution ». Il a minimisé les « désaccords importants » relevés par Moncef Marzouki dans la dernière mouture du texte constitutionnel. Contrairement au président de la République, le Chef du gouvernement a estimé « qu’il y a plus d’entente que de différence ». « Les partis politiques sont d’accord sur la rectification de la plupart des points qui doivent l’être, a-t-il souligné. Certains points sont déjà en cours de discussion. Mustafa Ben Jafaar a réuni les chefs de groupes parlementaires afin de préparer le terrain. Il reste un article sur la création du Conseil de la Magistrature sur lequel les juges ne sont pas d’accord. Il y a aussi un article concernant les libertés et les droits où il y a des divergences en termes de rédaction et non de fond. »

Interrogé par ailleurs sur les récentes affaires passées devant les tribunaux et dont les échos se sont fait entendre en Europe, Ali Laarayedh a balayé d’un revers de la main les craintes que le gouvernement islamiste n’attente aux libertés individuelles. Ainsi, selon lui, le rappeur Weld El 15 n’est pas puni pour son art, mais plutôt pour avoir parlé « d’égorger, de brûler les agents de police et les magistrats ». Pour ce qui est des affaires des Femen, il les a commentées « d’actes offensants ». Il a en effet expliqué : « Elles ont offensé les femmes par le fait qu’elles ont chosifié (sic) leur corps. Ce n’est pas un instrument de lutte. Elles auraient dû trouver autre chose pour manifester leur mécontentement. Mais nous n’intervenons pas dans le travail des juges. S’il y a un jugement de prison, elles peuvent être graciées. J’ai déjà parlé au président de la République sur cette question. »

En se prononçant ainsi sur ces deux affaires, qui ont récemment agité l’opinion publique, nationale, voire internationale, le Chef du gouvernement a voulu rappeler deux faits. Le premier est celui de « la suprématie de la loi ». Le deuxième est la spécificité de la société tunisienne qu’il a définie ainsi : « Nous sommes pour l’approche suivante : les Tunisiens veulent vivre leur temps, leur modernité, les valeurs universelles de l’humanité et des droits de l’homme, tout en étant eux-mêmes dans leur identité, dans un équilibre évolutif. »

Dans cet équilibre évolutif, l’influence de la religion, des coutumes, de l’histoire, de la langue- tout ce qui fait l’identité tunisienne- seraient donc des données primordiales à tenir toujours en compte. « Attention à ne pas faire de provocation, à être un peu au-dessus de ce qui est généralement acceptable par la société », a-t-il mis en garde.

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