La stratégie de développement de la ville (SDV), un tremplin vers une gouvernance urbaine démocratique

Un programme d’appui à la gouvernance urbaine démocratique et au développement économique local en Tunisie. C’est le programme que vient de mettre en place le Centre international de développement pour la gouvernance locale innovante aux profit des collectivités locales dans le pays.

Dans le cadre de ce PAGUDEL, qui vise à soutenir la transition démocratique en Tunisie, le CILG a organisé ce matin, en collaboration avec l’Association tunisienne des urbanistes (ATU), un séminaire scientifique auquel ont été conviés des responsables du gouvernement, des représentants des collectivités locales, des activistes de la société civile et des experts internationaux en urbanisme. L’objectif en était de sensibiliser ces parties prenantes à la corrélation entre la stratégie de développement de la ville (SDV) et le rôle de cette stratégie dans l’établissement d’une vraie dynamique pour le développement durable de la ville. Un développement qui conjugue croissance économique, bien-être social, bonne gouvernance et éthique environnementale et qui permet à la ville de muer en un espace de bien-être où tout citoyen et toute citoyenne, quels que soient son âge, sa classe sociale, ses ressources économiques, aura un minimum de vie décente.

 La SVD, au delà de l’engagement moral, des méthodes de travail

Définie par Henda Gafsi, consultante senior en gouvernance locale et experte auprès du CIGL, la SDV « est un processus par lequel les responsables municipaux, agissant en partenariat avec le secteur privé, la société civile, l’université et les organismes nationaux concernés discutent de l’état de leur ville et des principaux enjeux et défis et décident, à la lumière de ces concertations, des choix stratégiques à opérer et des actions prioritaires à mettre en œuvre pour promouvoir durablement  le développement de la ville. »

Le concept de la SDV trouve son origine dans les consultations locales des années 1990. Depuis le concept a évolué en Tunisie, avec une première génération de SDV impulsée par PNUD ou la Banque Mondiale dans des villes pilotes comme Tunis et Sfax I, puis une deuxième série de SDV, initiée et portée cette fois-ci par les communes elles-mêmes, avec des programmes d’appui et des financements plus divers et plus transversaux (Alliance des villes, Medcités, GIZ, PNUD, USAID, CMI, Caisse des dépôts, AFD…).

Depuis 2010, et à la suite du soulèvement populaire, le concept a connu une avancée significative. Slim Boujemaa, expert CIGL, a relevé de ce fait les engagements pris par les autorités vers la décentralisation et traduits dans tout un chapitre, le chapitre VII de l’ébauche de la constitution, relatif au pouvoir local. Economiste de formation, Slim Boujemaa a, lui, mis l’accent sur l’apport de la SDV à la croissance économique. Pour lui, la SVD ne reflète pas seulement l’engagement éthique de toute la ville, mais elle aide à concrétiser les bonnes intentions et les valeurs partagées à travers des investissements économiques rentables et durables. « Les SDV permettent, a-t-il expliqué,d’anticiper et de tirer le maximum de bénéfices des mutations en cours et des investissements réalisés. Elles permettent également de promouvoir l’image de la ville à travers des plans de marketing et de lobbying  et de développer des synergies intercommunales entre les dimensions économiques, infrastructurelles, sociales et environnementales ». Des synergies qui se traduisent en gain de temps et en profit économique, a-t-il laissé entendre.

La SDV serait en quelque sorte un processus inclusif, participatif. Elle est un engagement moral à travers une charte de valeurs partagées par tous les citoyens, mais elle est aussi une boite à outils permettant la planification, le montage financier des projets, la mise en œuvre des programmes, ou encore le suivi et la veille stratégiques.

 La SDV, on a essayé et ça marche bien

La SDV, une ville tunisienne l’a déjà essayée et semble bien y exceller. Il s’agit de la ville de Sousse, qui grâce à des fonds de 950 mille dinars, remportés à la suite d’un appel à projets du réseau medcités, a réussi à mettre en place sa stratégie de développement.

Après la mobilisation des fonds nécessaires, la ville en est à la deuxième phase de la stratégie, celle du pré-diagnostic des problèmes, qui sera par la suite suivi d’un diagnostic général des principaux défis et contraintes, puis d’une élaboration des projets prioritaires.

Khaled Ben Abdessalem, responsable à la municipalité de Sousse a, à cet égard, exposé un exemple des défis qui entravent le développement de sa ville : « Durant le pré-diagnostic, nos experts ont relevé un déséquilibre spacio-social aigu entre le Nord et le Sud de la ville. Dans le classement national de développement élaboré par le ministère du Développement régional et de la planification, la délégation de Sousse Nord est classée deuxième. La délégation de Sidi Abdelhamid, au Sud de la ville est classée 132ème. » « Nous ne pouvons pas avancer avec la moitié de la ville ! », a-t-il renchéri.

Une fois la problématique définie, les équipes de gestion, composées de six experts chacune, proposent des fiches techniques de projets, qui seraient exposées lors d’une consultation générale et validées par le comité du pilotage de la SDV, un comité présidé par le maire et composé de représentants des ministères, des entreprises publiques et de la société civile.

Mais si la ville de Sousse est parvenue à mobiliser d’importantes ressources financières et à impliquer les compétences humaines nécessaires pour la mise en place de sa SDV, d’autres communes, beaucoup plus pauvres se trouvent désemparées par le manque de ressources et d’expertise. Un représentant de la municipalité de Siliana a avoué n’avoir que 16 mille dinars pour mettre en place sa SDV.

Les experts du CIGL lui ont proposé un appui en termes d’expertise et une aide technique dans le domaine de la rédaction des réponses aux appels à proposition. Mais entre les 950 mille dinars de Sousse et les 16 mille dinars de Siliana, c’est toute une pléthore de dysfonctionnements qui sont à réparer. Des dysfonctionnements, qui vont du désengagement de l’Etat vis à vis des régions de l’intérieur, à la frilosité des investisseurs privés, en passant par la passivité des habitants même de ces régions.

1 COMMENTAIRE

  1. merci beaucoup pour ce travail professionelle de votre par mlle Hafawa Rebhi ( Dalel Hammami – urbaniste, chargé communication de l’Association Tunisienne des Urbanistes ATU)

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