Les victimes de Barraket Essahel revendiquent leurs droits désespérément

« L’affaire date de 1991 mais ni le temps ni les blessures indélébiles peuvent faire tomber nos droits dans l’oubli ». Ainsi l’un des officiers impliqués dans la sombre affaire de «Barraket Essahel» nous a interpellés. Son regard voilé de tristesse mais  fier de vivre l’époque où il a été réhabilité et les affres de la dictature et de la torture ne pèsent plus sur ses souvenirs et sur son futur.

C’est bel bien l’une des plus exécrables atrocités commises par l’ex-président Ben Ali : en 1991, 244 cadres militaires soit 25 officiers supérieurs, 88 officiers, 82 sous-officiers et 49 hommes de troupe ont été accusés injustement  de préparer un coup d’état militaire.

L’appareil répressif de Ben Ali n’a pas peiné à monter les accusations adéquates pour épurer à sa guise l’armée tunisienne : appartenance au mouvement Ennahdha et/ou sympathie avec des islamiste et il va de soi que les aveux ont été extorqués sous la torture. A cet égard, nous rappelons que l’affaire doit son nom à une bourgade à la sortie de Hammamet. Le régime a accusé les officiers d’avoir tenu une réunion pour préparer le coup d’Etat dans un appartement sis dans cette bourgade.

Tous ces détails historiques nous viennent à l’esprit, en accélérant le pas afin d’assister au sit-in de protestation des officiers organisé aujourd’hui devant le ministère de la Défense à la Kasbah, par l’Association INSAF- Justice pour les anciens militaires, afin de revendiquer  leurs droits.

Le 23 juin 2012 le président Moncef Marzouki avait présenté les excuses de l’Etat aux victimes et les a reçus 10 décembre 2012. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Certes le président a rendu hommage aux victimes de l’armée mais le côté administratif et fondamental de l’affaire n’est pas pour autant résolu. D’ailleurs, un communiqué signé
par ladite association  dévoile que les revendications ne sont pas centrées sur le côté pécunier et se résument en huit points dont pour l’essentiel  : la réhabilitation, l’annulation du licenciement abusif, les dommages et intérêts, la reconstruction du parcours professionnel pour ceux qui n’ont pas dépassé les 40 ans…

Des  slogans hostiles au régime actuel et à la personne de Rachid Ammar  ont été scandés par les manifestants. Chedly Khmiri, un ex- maître de la marine de guerre s’explique sur les slogans hostiles au général Rachid Ammar par le fait « qu’il n’a pas tenu ses promesses du 14 février 2011. Nous l’avions rencontré et  il nous avait promis de régulariser la situation des ex-officiers mais en vain. Rien n’a été fait. ».

L’ex-maitre de marine de guerre nous relate son histoire cauchemardesque. Le jour de son arrestation, le 8 mai 1991, avait coïncidé avec le premier anniversaire de sa fille. Malheureusement pour lui, il n’a pas pu le fêter car « un comité d’accueil » l’attendait à la direction de sûreté et ce n’était que le début d’ un calvaire fait de torture et d’injures de toutes sortes qui a duré du 8 mai au 24 juillet 1991. Le licenciement abusif était le dénouement de son histoire.

Tortures et licenciement étaient également  le sort de l’ex-colonel Zoghlami Moncef, président de l’association : ulcère et l’ablation de la thyroïde sont la conséquence de son calvaire.

Mohamed Ahmed, le coordinateur général de l’association, n’a pas dérogé  à la règle lui non plus : au ministère de l’Intérieur il a été pris en charge  par le redoutable Mohamed Ali  Ganzoui (directeur de la sûreté de l’État de l’époque) qui l’a interrogé sur sa relation avec le mouvement Ennahdha et le nombre de réunions auxquelles il a assisté.  Plus tard, il sera interrogé par le tortionnaire  de l’époque Abdallah Kallel.
Bien que plus tard il ait été innocenté avec dix autres officiers, notre interlocuteur a été  quand même licencié.
C’est alors que le cortège des protestataires s’ébranle en direction du Premier ministère…

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