Le Brésil : une saine contestation

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Primo, les Brésiliens ne se réduisent pas à leur passion pour le football. Celle-ci n’a pas annihilé leur conscience sociale. Secundo, la vitrine du « miracle brésilien » se fissure. Tels sont les deux principaux enseignements de la crise sociale que connaît le plus grand pays d’Amérique latine.

Le pays est aujourd’hui traversé par un puissant mouvement de contestation sociale qui ébranle ce nouveau pôle de l’économie mondiale. Soutenue par la grande majorité de la population, cette vague de contestation partie de la mégalopole Sao Paulo – poumon économique du pays – ne faiblit pas et a atteint les capitales régionales ainsi que les villes de l’intérieur du pays. Mobilisés en continu via les réseaux sociaux, les Brésiliens se préparent à une grève générale le 1er juillet, et ce, malgré la main tendue par la présidente Dilma Rousseff.

Malgré la multiplication des actes de vandalisme, le cœur du mouvement est digne et démocratique. Les revendications exprimées par les étudiants et autres citoyens- issus essentiellement de la classe moyenne- sont significatives : une meilleure accessibilité et qualité des services publics des transports, une lutte plus volontariste contre la corruption, et plus généralement l’appel à un aggiornamento de la classe politique. Autour de ce noyau dur, différents slogans sont venus se greffer explicitant ainsi le malaise social qui anime la société brésilienne.

Le moment est intéressant à plus d’un titre. Cette mobilisation sociale se déroule en effet en pleine Coupe des confédérations, sorte de grande répétition générale de la Coupe du monde organisée par le pays l’année prochaine. Or c’est précisément le contraste entre le coût financier de ces deux événements footballistiques et le manque d’investissements dans la santé ou l’éducation qui a servi de catalyseur à l’expression du mécontentement populaire. Ainsi, nombre de manifestations ont lieu en marge des matches de football, les manifestants prenant pour cible la FIFA, puissance régulatrice du football mondial. Aujourd’hui député, l’ancien attaquant vedette brésilien Romario n’a pas résisté à la tentation populiste avec cette phrase choc : « Le vrai président du Brésil s’appelle la Fifa ».

Bien qu’ouverte à la négociation et manifestement sensible aux revendications de ses concitoyens, l’autorité même de la président – héritière politique du  charismatique Lula – est directement affectée. Elle a tenté de reprendre la main en proposant notamment de consacrer 100% des recettes pétrolières du pays à l’éducation nationale. Si le principe de l’organisation du Mondial n’est pas remis en cause, cette séquence nourrit un peu plus les interrogations sur la capacité du Brésil à faire face aux défis sécuritaires et sociaux qui entourent la tenue d’un tel événement. Cette séquence revêt d’ores et déjà un coût pour l’image internationale du Brésil, symbole de la montée en puissance des BRICS dans le nouvel ordre mondial. Le discours officiel aime à souligner que depuis le milieu des années 90, « le Brésil bénéficie d’une plus grande stabilité économique et financière (…) et que sur le front social, les progrès ont été remarquables, avec une nette diminution de la pauvreté et des inégalités » (OCDE). Il est vrai que le pays a connu une décennie de croissance ininterrompue, qui lui a permis de voir son PIB par habitant passer de 7.522 dollars (en 2003) à 11.800 dollars (en 2011). Cette réalité flatteuse ne saurait masquer les fractures et lacunes persistantes au Brésil. Derrière la dénonciation de l’envolée des prix de l’alimentation ou du ticket de transports en commun, c’est le modèle économique et social mis en place par l’ancien président Lula qui semble avoir atteint ses limites. Or, son successeur Dilma Rousseff n’a (pour l’instant) ni sa force de conviction, ni sa force d’imagination pour tracer de nouvelles perspectives.

La Tunisie est bien placée pour savoir ce que cache la rhétorique du miracle économique… La voie du développement économique et social passe par ce type de moment de vérité auquel le Brésil est aujourd’hui confronté.

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