Comment en sommes-nous arrivés là ?

Si « Yosr Développement » a pu prospérer et arnaquer de nombreux de ses « clients », c’est parce que beaucoup de ces derniers ont été tentés par le gain facile. Toujours est-il que le système financier a bien souffert de l’épisode « Yosr Développement ».

 Les nombreux citoyens, qui ont placé leurs économies –quelquefois bien maigres-  auprès de « Yosr Développement », ont dû pousser un ouf de soulagement en apprenant l’arrestation du propriétaire de cette entreprise.  La fuite  de ce dernier, le jeudi 20 juin 2013, a défrayé la chronique et provoqué un vent de panique chez les épargnants et des attroupements. Ils étaient encore des dizaines à arpenter les alentours du Centre Galaxie, au quartier Lafayette, siège de l’entreprise, quelques heures après même l’arrestation d’Adel Dridi, le patron de « Yosr  Développement ».  Qui exposant son cas à une autre victime, qui relatant son histoire à la presse, qui à la recherche de quelques témoignages, ou encore qui  discutant avec les forces de l’ordre, bien présentes face aux grilles du Centre Galaxie (voir notre photo).

Cette arrestation constitue-telle pour autant la fin des tracas pour de nombreuses personnes modestes attirées par le gain facile ? On le saura dans les prochains jours. Pour l’heure, de nombreuses victimes du Madoff tunisien ne peuvent que s’accrocher à la déclaration faite, la veille de l’arrestation d’Adel Dridi, par le vice-procureur au Pôle judiciaire et financier,  qui a souligné que « toutes les dispositions ont été prises pour garantir les droits des citoyens ayant placé leur argent ».

Mais comment en sommes-nous arrivés là ? L’expérience du triste  épisode financier de « Yosr Développement » devra bien servir à quelque chose. L’analyser est un exercice on ne peut plus utile. Voire obligatoire. Afin que cela ne se reproduise plus.

Professions libérales et hommes d’affaires

D’abord, les premiers responsables sont évidemment les victimes elles-mêmes. Ne le cachons pas.  Peut-on en effet croire aux balivernes  de « Yosr Développement » ? Tout un chacun peut deviner d’expérience qu’une somme investie ne peut jamais, de mémoire d’homme, rapporter aussi gros. « Yosr Développement » a pratiqué des taux d’intérêt allant jusqu’à… 100%. Voire plus.  Et si, dans ce schéma, on peut reprocher à des personnes modestes d’avoir mordu à l’hameçon, il est bien étonnant d’apprendre que parmi les quelque 50 000 « clients » d’Adel Dridi, certains aient aperçu des représentants de professions libérales et des hommes d’affaires.

La crédulité et l’insouciance de certains peut-elle atteindre de  tels sommets ? Comment ont-ils pu être insensibles aux appels des  opérateurs économiques nationaux dont la Banque centrale de Tunisie qui a porté  plainte contre Adel Dridi pour blanchiment d’argent. Plainte suite à laquelle l’intéressé avait été arrêté le 12 avril 2013. Avant d’être libéré, le 26 avril, et de voir limiter ses déplacements  au-delà d’un rayon de 60 kilomètres autour de Tunis avec  retrait de son  passeport.

Les épargnants n’ont-ils pas soupçonné que le messie Adel Dridi était bel et bien un escroc comme ils ont bien dû l’apprendre par les médias audiovisuels ?  Il n’avait pas apporté en effet de réponses crédibles et qui tiennent donc la route sur son activité et surtout comment celle-ci peut-elle générer autant de profits pour qu’elle soit pérenne ? La presse n’a-t-elle pas expliqué comment fonctionne la chaîne « Ponzi » et comment celle-ci « génère des revenus pour les plus anciens investisseurs grâce aux apports de capitaux des nouveaux » ?

Force est de reconnaître que c’est le gain facile qui a fait courir nombre de Tunisiens. Force est de reconnaître également que cette propension à faire son lit sans dépenser trop d’efforts –voire pas d’efforts du tout- a gagné beaucoup de terrain dans les rangs de la population depuis la Révolution. C’est le règne du « doucement le matin et pas trop vite le soir ». Et qui ose livrer un avis contraire ? On le traite de « contre-révolutionnaire » sinon d’héraut de l’ancien régime. Autant dire qu’il a tout intérêt à se taire.

Développer un capital-confiance

Ensuite, les deuxièmes responsables de cette situation sont les autorités du pays. Certes une plainte a été déposée et Adel Dridi a été maintenu quelques jours en détention. Certes les autorités ont prévenu les citoyens. Les faits montrent cependant aujourd’hui –il ne s’agit pas là pour nous de discuter une décision de justice –  que les autorités se devaient peut être d’être plus fermes. Passons. Cela c’est du passé. L’essentiel est que cette histoire serve à quelque chose. Que dit la loi ? En d’autres termes, Adel Dridi avait-il légalement le droit d’exercer son activité ? Les textes ne précisent-ils pas dans quelles conditions on peut récolter l’épargne ?

Même si dans ce cas d’espèce, le phénomène étant  par essence total, tout ne peut être mis sur le dos des organes de l’Etat. Car si nous en sommes là, c’est aussi parce que des milliers de personnes ont exercé une pression sur les autorités pour qu’elles libèrent l’escroc. C’est parce qu’au travers de certains actes de violence (incendies de postes de police, attaques des forces de l’ordre, arrêt de la production,…), l’Etat a été fragilisé.

Le système financier a été également fragilisé. Alors que tout le monde sait que celui-ci a besoin de développer un capital-confiance. Il s’agit pour lui, sans doute, d’endurer une nouvelle épreuve,  malmené qu’il est par les soupçons qui pèsent sur certaines de ses composantes d’avoir laissé faire le clan des Ben Ali-Trabelsi !

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