L’exclusion sociale et économique, terreau fertile de la violence

En racontant la spectaculaire reconversion de 70% des jeunes de son quartier, les Brahmia, à Sidi Bouzid, vers la mouvance salafiste, Attiya Athmouni, un activiste de la société civile  locale, a tenté d’établir une corrélation entre l’exclusion sociale et la propension à adhérer à des idéologies qui pourraient virer vers la violence et le terrorisme.

Son témoignage, l’activiste l’a exposé à l’atelier sur « l’exclusion et la marginalisation », l’un des 6 ateliers du Congrès national contre la violence et le terrorisme qui s’est tenu à Tunis les 18 et 19 juin.

 Illusions perdues

«  Après avoir lutté pendant les longues nuits de décembre 2010 contre les forces de l’ordre, et après avoir, pour un moment, cru à un avenir meilleur, les jeunes de Sidi Bouzid se sont retrouvés les mains vides », a ainsi expliqué Attiya Athmouni. « La désillusion fut totale, et le vide fatal » a-t-il fustigé, pour évoquer par la suite ceux qui, moyennant argent et tentes de prédication, sont parvenus à remplir ce vide.

Mais les jeunes de Sidi Bouzid ne sont, visiblement, pas les seuls à perdre leurs illusions. Le vent de la déception a en effet balayé toutes les régions marginalisées de l’intérieur, tous les quartiers « paupérisés », toutes les contrées reculées, voire oubliées, du pays. Et si les jeunes du quartier des Brahmia seraient recrutés par des courants religieux rigoristes, des milliers d’autres jeunes Tunisiens ont été acculés à emprunter d’autres chemins, non moins désolants.

«  Ceux qui voient leurs droits économiques et sociaux bafoués ont deux autres issues, outre l’extrémisme religieux. Ils périssent en mer dans les bateaux de la mort et s’ils résistent et revendiquent leurs droits, ils sont opprimés par l’Etat ». Ces propos tenus par Hamadi Zoghbi, secrétaire général de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme-section de La Manouba, reposent sur une longue expérience durant laquelle l’activiste a témoigné de plusieurs cas de violations systématiques des droits économiques et sociaux. Et l’exemple qu’il a donné ne date pas de l’ère de Bourguiba, ni de celle de Ben Ali. Il s’agit en effet du «  calvaire actuel » de quelque 7500 Tunisiens dont le sort serait à la merci d’un autre Tunisien, beaucoup plus riche et beaucoup plus puissant. Ce sont les habitants de Dekhila, dans le gouvernorat de La Manouba, qui, « pour avoir demandé de se libérer de l’emprise de leur richissime employeur, parent de Slim Chiboub, et de nationaliser la ferme dans laquelle ils travaillent, se sont trouvés opprimés et poursuivis en justice ». « Certains ont même été condamnés, on a transformé leurs infractions en crimes et ils encourent des peines de 10 ans de prison ferme », s’est ainsi indigné Hamadi Zoghbi. Pour lui, l’affaire de Dekhila incarne une violation non seulement de la liberté d’expression, mais de plusieurs autres droits que le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966 protège : le travail et les conditions favorables au travail, la santé, la sécurité sociale ou encore la protection de la famille.

Citoyenneté et développement

A Brahmia, à Dhkhila et ailleurs, ce sont les atteintes aux droits économiques et sociaux qui mettent le feu aux poudres de la violence, qu’elle soit populaire ou étatique. Bafouer les droits culturels et environnementaux ne fait qu’attiser davantage la rupture entre les citoyens et leur citoyenneté.

Une citoyenneté que Souad Moussa, juriste de son état, a définie par un trinôme révélateur : l’appartenance, la participation et le profit. Mais cette trinité, la juriste ne l’a estimé possible que dans le cadre d’un nouveau modèle de développement.

Un modèle de développement qui soit conçu dans le cadre d’une consultation nationale large et inclusive, a tenu à insister Lobna Jribi, la députée à l’ANC. Egalement rapporteuse de la commission des finances, de planification et du développement, la députée qui appartient pourtant à la Troika, a avoué ne pas comprendre l’utilité de la rédaction d’un nouveau Code des investissements avant la précision des grands choix stratégiques, à court et à long termes.

Son collègue Mongi Rahoui, qui se positionne, lui, dans le camp de l’opposition a appelé à humaniser le nouveau modèle de développement. « Le fil conducteur de toutes les conceptions futures doit être profondément humain. L’homme doit être au centre du processus », a-t-il insisté. L’éradication de la pauvreté, la distribution équitable des richesses du pays, la promotion de la culture des droits de l’Homme, la modernisation des manuels scolaires, la mise en place des bases d’une vraie économie sociale et solidaire, la réforme fiscale, la réforme agraire… Toutes ces mesures énumérées par Monji Rahoui, seraient selon lui faisables et possibles. « Mais elles sont surtout indispensables pour prévenir la violence et faire avorter le terrorisme », a-t-il relevé.

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