« L’agriculteur risque d’avoir faim et c’est alors que tout le pays aura faim »

Les peaux rougies par le soleil, les yeux fatigués et les mines exaspérées, les producteurs de tomates de Sidi Bouzid se disent, aujourd’hui 19 juin, prêts à tout pour avoir ce qu’ils revendiquent: 15 millimes d’augmentation sur le kilo de tomates fraîches destinées à la transformation.

Un coût de production toujours à la hausse 

Le coût de production des tomates destinées à la transformation industrielle devient insoutenable pour l’agriculteur moyen, s’est indigné Jamel Darbani, agriculteur à Sidi Bouzid. La hausse des coûts de production est due entre autres à l’augmentation des prix des carburants, malgré la subvention accordée par l’Etat, une subvention jugée ridicule par les agriculteurs présents lors du sit-in. Il s’agit d’un bon de 70 dinars par mois pour l’approvisionnement en carburant, desquels on soustrait 10 dinars pour l’inscription auprès de l’Union des agriculteurs et deux timbres de 2 dinars, ce qui a provoqué le désintéressement de plusieurs agriculteurs. Rajouter à cela le coût de la main-d’œuvre, passé de 100 millimes/caisse  de tomates récoltées à 500 millimes/caisse.

Un coût pratiquement insupportable pour l’agriculteur, a insisté Saïdi Mnasser, même s’il reconnaît que 500 millimes restent insuffisants pour la rétribution  des travailleurs. Et d’ajouter : « Le travailleur lui-même comprend que nous sommes en perte, mais lui aussi n’a pas le choix  et  moi également ». Sous la contrainte de ces facteurs, Saïdi Mnasser, confirme avoir perdu 2.5 Mdt par hectare. L’agriculteur peut pourtant, selon lui, être un important pourvoyeur d’emplois : « On engage 50 à 60 personnes lors de la plantation de tomates et 130 lors des cueillettes ».

« Des coûts en hausse continue ne peuvent que compromettre la productivité », a rétorqué Jamel Darbani qui ajoute aux coûts de la main-d’œuvre, des carburants et des engrais, celui des semences. Et de préciser : « C’est pour ces raisons qu’il y a une baisse des surfaces récoltées. En 2012, on a récolté 24000 hectares; cette année, on compte entre 9000 et 10000 hectares, soit moins de la moitié ».

« En contrepartie on vend le kilo au même prix »

Les agriculteurs participant au sit-in ont déclaré à l’unanimité « qu’ils sont les victimes » de la non-application concrète de l’augmentation de 15 millimes/kilo, qualifiée tout de même de « solution partielle, conjoncturelle et inefficace, si elle ne s’inscrit pas dans le cadre d’une vision globale » de l’Union Tunisienne de l’Agriculture et de la pêche (UTAP).

« 2012 est une année où nous n’avons entendu que des paroles », affirme M. Darbani, confirmant que l’agriculteur n’a plus confiance en l’Etat, accusant en même temps l’UTICA de s’opposer à cette augmentation qui s’est limitée à la filière laitière uniquement. Ce sont les industriels qui profitent de la situation. » Les sit-inneurs se disent s’appauvrir de jour en jour, avoir le moral au plus bas, comme la santé de leurs terres, frappées par le jaunissement des tomates.

M. Nebil Neili ajoute ironiquement : « Ce n’est pas l’Etat qui subventionne l’agriculteur, c’est bien le contraire ». Avec des taux d’impôts lourds, une corruption tout au long de la chaîne de transformation, « l’agriculteur risque d’avoir faim et c’est alors que tout le pays aura faim ».

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