De la Place du 14-Janvier à la Place Taksim

Que ce soit dans les Places du 14-Janvier (ancienne Place d’Afrique) et de la Kasbah à Tunis, qu’à la Place Al-Chajara (l’arbre) à Benghazi, d’Attahrir (la libération) au Caire, d’Attaghyr (le changement) à Sanaa, de la Perle à Al Manama ou encore Taksim, à Istanbul, aujourd’hui, les contestataires de l’ordre établi agissent de la même manière : ils investissent des espaces publics pour crier leur colère.

Existe-t-il une contestation sans espace pour l’accueillir ? La question mérite d’autant plus d’être posée que le phénomène est quasi récurrent. Bien plus : symptomatique des choix de la race des révolutionnaires qui ont, sans doute, besoin d’un lieu et souvent d’un seul pour crier leur colère.

Que ce soit dans les Places du 14-Janvier (ancienne Place d’Afrique) et de la Kasbah à Tunis,  qu’à la Place Al-Chajara (l’arbre) à Benghazi, d’Attahrir (la libération) au Caire, d’Attaghyr (Le changement) à Sanaa, de la Perle à Al Manama ou encore à Taksim à Istanbul, aujourd’hui, les contestataires de l’ordre établi se nourrissent du même « atavisme métabolique » pour reprendre un concept cher à Michel Montignac, célèbre auteur français spécialiste des questions de nutrition.

Ils investissent un lieu, généralement spacieux, où ils peuvent se réunir, vivre ensemble et décider de la suite à donner à leur regroupement. Une action de communication puisqu’ils favorisent une  « identité visuelle » à leur contestation (la place fonctionne comme un logo) et permettent aux visiteurs et autres journalistes de pouvoir les retrouver facilement. Une mécanique qui ne manque pas d’attrait : ils sont quasi sûrs, la dynamique de la foule étant ce qu’elle est, de pouvoir délivrer un seul et unique message, qui en étant répété par plusieurs supports, sera mieux mémorisé, créant par la même une bulle médiatique souvent salvatrice pour leur action.

Chaque révolution a sa mascotte

Les contestataires s’organisent d’ailleurs pour atteindre cet objectif : ils ont des chargés de la communication qui leur indiquent ce qu’ils doivent faire et dire. Comme ils désignent un ou des porte-paroles et des personnes dédiées à la rédaction des communiqués et autres manifestes et chartes ou encore les banderoles. Et attention aux brebis galeuses ou personnes désireuses de fournir un autre son de cloche ou encore celles qui ont un ego gros comme ça !

Inutile de préciser que tout ou presque est minutieusement préparé pour attirer le chaland et le journaliste. A la place Taksim, on a vu, au moment où, dit-on, le mouvement risquait de perdre un peu de sa vigueur, un homme, chemise blanche et queue de cheval (Duran Adam, l’homme immobile) rester, le lundi 17 juin 2013, debout et immobile pendant des heures ; un geste par lequel il a voulu défier le régime du Premier ministre, Tayyip Recep Erdogan. Avant qu’il ne soit rejoint par un premier, un second, un troisième, etc.

« Le mouadhen de la Révolution »

A la Place Attahrir en Egypte, on se souvient qu’il y a eu un fléchissement : après « La bataille des chameaux », lorsque des pro-Moubarak ont voulu casser du révolutionnaire.  Est apparu d’un coup une autre mascotte de la révolution : le « Mouadhen de la Révolution », Kamel Abou Attia, qui a enflammé la foule avec ses slogans qui faisaient mouche. Et qui ont été repris dans bien d’autres pays. Dont le fameux « Eettissam Eettissam Hata Yaskot Ennidham » (Sit-in jusqu’à ce que le Régime s’effondre).

Chaque révolution à ses idoles et la Tunisie ne fait pas exception. Avec ce vieux monsieur qui a  prononcé, sur l’Avenue Habib-Bourguiba, le verbe « Haremna » (Nous avons vieilli) repris par des milliers de personnes. Ou encore Amel Mathlouthi qui a chanté avec sa robe rouge dans la foule, sur la même avenue, pour raviver la flamme  révolutionnaire.

Tous ces révolutionnaires n’ont rien inventé. Depuis plus de trois siècles, les révolutionnaires français ont toujours occupé la Place de la Bastille (encore une autre place) pour crier leur colère. Et entre 1977 et 1983, des centaines de mères argentines ont arpenté la Place de Mai, à Buenos Aires, pour demander des nouvelles de leurs enfants disparus pendant la guerre que les militaires putschistes d’alors avaient livré aux jeunes issus pour l’essentiel de la gauche argentine.  Comme quoi « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

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