Hend Meddeb : « Ce soir, tu dormiras en prison »

La journaliste tuniso-française, Hend Meddeb, sommée de se présenter ce lundi 17 juin, devant le juge au tribunal de Ben Arous, a publié ce texte sur son profil Facebook pour expliquer les raisons qui l’ont incité à ne pas se soumettre à la justice de son pays. Extraits.

« Hier, j’ai quitté mon pays, car je n’ai plus confiance dans la Tunisie d’aujourd’hui où pour une chanson, on condamne un rappeur à deux ans de prison ferme et on relâche ceux qui ont attaqué l’ambassade des Etats-Unis au mois de septembre dernier.

Quelques minutes avant de se présenter devant le tribunal, dans une interview tv qu’il donnait au journaliste tunisien Karim Kouki, le rappeur Weld el 15 expliquait : – Si je me présente devant le tribunal aujourd’hui, c’est parce que je veux savoir si nous vivons dans un pays qui a fait sa révolution ou si nous sommes en train de revenir à la dictature. C’est un test pour le droit, pour la justice de mon pays. Mon jugement nous dira où nous en sommes en Tunisie .

Le verdict est tombé. Il était injuste mais je ne l’avais pas encore compris. Les magistrats sont sortis de la salle. Je n’ai pas entendu le verdict, le juge avait parlé à voix basse, j’ai donc demandé autour de moi. Lorsque plusieurs personnes m’ont répété « deux ans ferme », j’ai été sous le choc. J’ai alors exprimé avec d’autres mon indignation. Nous avons aussitôt été violemment bousculés par les policiers très nombreux dans la salle d’audience. Ils m’ont saisie par le bras et m’ont poussée violemment vers la sortie. C’est là que j’ai manifesté ma colère en disant :  » Maintenant je comprends mieux le sens de la chanson pour laquelle Weld el 15 vient d’être condamné« . J’ai appris par la suite qu’après mon arrestation, les policiers ont lancé du gaz et ont frappé sans discernement, n’épargnant personne, pas même les journalistes.

Les policiers qui m’ont empoignée m’ont hurlé :  » Puisque tu soutiens le rappeur Weld el 15, tu vas le rejoindre en prison ».  Ils m’ont descendue dans une cellule qui jouxtait celle dans laquelle ils ont enfermé mon ami Alaa Eddine Yaacoubi, alias Weld el 15 ; il a été surpris et paniqué en me voyant fermement prise de chaque côté par deux policiers. Après avoir retrouvé mon calme, j’ai demandé aux policiers d’accepter mes excuses. Je leur ai dit que j’étais journaliste et que je n’aurais pas dû protester dans la salle d’audience, mais que comme le rappeur Weld el 15 est un ami, j’avais été emportée par l’émotion. Ils n’ont pas accepté mes excuses. Ils m’ont dit que j’allais rester deux ans en prison avec mon ami Alaa, car ma réaction dans la salle d’audience équivalait à un outrage non seulement à agent mais aussi à magistrat, ce qui est passible de deux ans de prison ferme. Ils ont ajouté que je serai confrontée au même juge qui se vengerait en me condamnant (pourtant je n’ai pas protesté devant le juge, il était déjà sorti au moment des faits). « Ce n’est pas parce que tu es journaliste ou française qu’on ne va pas te condamner ! Tu vas payer ton soutien à Weld el 15 ! Ce soir tu dormiras en prison ! ».

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