Union sacrée

Où va la Tunisie ? Nul ne le sait. Ce que l’on pressent, en revanche, c’est que là où l’on se dirige, on se projette à une vitesse à donner le vertige. On n’en est plus à s’interroger sur les chances de rebond de l’économie. La question paraît secondaire, au regard de la gravité des menaces qui pèsent sur l’intégrité physique du pays. Le danger sécuritaire hante aujourd’hui tous les esprits et inhibe les velléités d’entreprendre, notamment dans les régions frontalières, théâtre d’opérations meurtrières.

Les objectifs du gouvernement Laarayedh de redressement de l’économie et d’avancées sociales, certes nécessaires mais sans pour autant compromettre la compétitivité des entreprises, sont mis à mal par le fracas des déflagrations des mines antipersonnel dont sont victimes, hélas, les forces de sécurité et les militaires.

Le terrorisme froid, aveugle, déterminé et résolu, dont on déplore déjà un grand nombre de victimes, fait peur. L’investissement privé- et même public- bat en retraite et finira par décrocher. Le chômage se propage à vive allure et se répand comme une traînée de poudre. L’agitation sociale n’est pas près de se calmer, la cohésion sociale tient à peine, quand elle ne vole pas en éclats dans certaines régions. L’unité nationale, si nécessaire pour vaincre le terrorisme, est, dans ces conditions, sous la menace de dislocation.

Le pire est à craindre. Mais le pire ne doit pas se produire. Les Tunisiens, épris de paix, de droit et de justice doivent surmonter leur peur et ne pas se laisser intimider ou enfermer dans le jeu des terroristes. Le pays, qui a donné sa première révolution démocratique au monde arabe, doit pouvoir y faire face. Il n’accordera pas de prime, par son silence ou son indifférence, aux poseurs de mines et de bombes.

Le chef du gouvernement promet de durcir les conditions de lutte contre les formations terroristes, de les combattre sans répit et de les poursuivre là où ils se trouvent. Il doit avoir conscience qu’il s’engage dans une guerre asymétrique, qui n’est jamais gagnée d’avance. Autant dire qu’on aura à déplorer d’autres victimes et davantage de dommages collatéraux de nature à assombrir les perspectives de développement économique. Dans la guerre contre le terrorisme, qui s’annonce longue et meurtrière, le gouvernement a besoin de l’appui, du soutien, de l’engagement de toutes les composantes de la société, quelles que puissent être les raisons qui opposent les uns aux autres. L’enjeu sécuritaire est si grave, que rien ne saurait les séparer. Dans le combat contre le terrorisme, il ne doit y avoir aucun signe de dissonance. La concertation est de règle.

Tout le monde doit se retrouver aux côtés du gouvernement, en première ligne pour faire barrage au scénario du pire voulu par les apôtres de la violence, de la lutte armée, de la discorde et de la division. L’union sacrée, pour seul mot d’ordre. Ce sursaut républicain est d’autant plus nécessaire que l’économie est encore en convalescence et n’est pas au mieux de sa forme. Elle tient mal sur ses propres fondamentaux qui n’arrêtent pas de se dégrader avec au final, le risque de voir ressurgir le spectre de nouveaux soubresauts sociaux.

La réalité est que les déficits s’amplifient, les inégalités se creusent, l’image du pays s’écorne dans le monde, au grand désespoir de chefs d’entreprise en quête de marchés et de partenaires étrangers. Chaque nouvelle dégradation des agences de notation nous enfonce dans l’abîme et nous rapproche de l’épicentre des pays peu recommandables. Les investisseurs étrangers regardent à deux fois, avant de se hasarder à y élire domicile. C’est que le climat social est fortement agité et l’environnement des affaires n’est pas tout à fait apaisé. L’horizon politique est obscurci par les querelles et les divisions des politiques et les tiraillements au sein de l’Assemblée nationale constituante- ANC- qui n’arrive pas, ou ne veut pas, se défaire de ses réflexes électoralistes et de ses calculs étriqués de politique politicienne. Nous n’en serions pas là aujourd’hui à subir dans notre chair la violence, si la Constitution avait été rédigée beaucoup plus tôt. Le terrorisme, plus encore que la politique, a horreur du vide. Pourtant, il n’était pas difficile de s’entendre sur le texte de la Loi fondamentale. La Constitution est d’essence consensuelle. Elle fédère l’ensemble de la Nation autour des valeurs de justice, de liberté, de droit et d’égalité dont elle est le principal garant. Elle n’est pas et ne devrait jamais être perçue comme un instrument de gouvernement ou de pouvoir.

On voudrait bien croire que la mouture finale du projet de Constitution soit la bonne. Des aménagements à la marge restent possibles pour sceller un véritable consensus qui mette fin à l’immobilisme ambiant et éloigne le risque d’une crise politique majeure et systémique. Les constituants ne sont pas les derniers à prendre conscience, et de la menace terroriste qui pèse sur nos propres institutions, et de leurs propres responsabilités. La prolifération du terrorisme, sa montée en puissance jettent déjà une ombre sur l’enceinte de l’ANC. Chaque nouvelle victime du terrorisme déprécie et démonétise ce qui devrait être le principal acquis de la révolution de janvier 2011, annonciateur d’une deuxième République. La sécurité est ce qui préoccupe aujourd’hui le plus nos concitoyens. Alors vivement la nouvelle Constitution ! Avant que les chômeurs, les régions laissées pour compte et les damnés de la terre ne laissent exploser leur désespoir et leur frustration et ne crient de nouveau leur colère.

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