La main de Fatma plombée : qui sauvera l’artisanat ?

Secteur informel, contrebande, contrefaçon, etc. qui pourrait faire la différence aujourd’hui entre des gammes de produits de plus en plus étendues ? Ce ne sont pas les représentants de l’artisanat, présents lors de la conférence organisée le 11 juin 2013 au sein de l’UTICA, qui pourraient dire le contraire. A cette occasion, ils ont tiré la sonnette d’alarme. Pis encore, ils ont poussé un dernier cri, pour extirper l’artisanat de ces  fléaux économiques.

Ne vous leurrez pas en vous promenant dans les souks traditionnels, destinés généralement aux touristes, car derrière l’éclat des bijouteries artisanales- des boucles d’oreilles, aux bracelets et à  la main de fatma- se cachent des préjudices inimaginables au détriment du consommateur.

« C’est une catastrophe ! », confirme Amamou Salah, président de la Fédération nationale de l’Artisanat. Ce phénomène semble s’accroître  tous les ans, renforçant les réseaux illicites qui se cachent derrière.

Chiffres à l’appui, le secteur informel, en 2010, était estimé par la Banque Mondiale à environ 38% du Produit intérieur brut (PIB). Colonisant tous les secteurs, l’artisanat n’y échappe pas. L’artisan n’est plus cette image de symbole d’identité culturelle, taillant des assiettes ou roulant ses poteries, mais plutôt une victime, écrasée par le poids du marché parallèle.

Lotfi Ben Ahmed, président de la Commission de lutte contre le commerce parallèle dans l’artisanat, invoque les 60% des 350.000 artisans qui se sont retrouvés au chômage forcé : « Ceux qui continuent à travailler souffrent de difficultés matérielles et sont obligés de réduire leur cadence. En détruisant l’artisan, c’est tout le développement de l’économie qui est détruit », ajoute –il.

Pratiquement, la majorité des produits artisanaux proviennent du marché parallèle et les dommages n’épargnent pas le consommateur, car il s’avère que les matériaux utilisés pour fabriquer ces produits sont très nocifs pour la santé. Ainsi, un bracelet en apparence en argent,  poinçonné 925, contiendrait des métaux de tout autre ordre. On y retrouve du Fer, du Zamac et même du Plomb (probablement cancérigène). Le Plomb est également contenu dans les poteries provenant de Chine ou les jouets destinés aux enfants. Le dommage atteint également l’image du pays : sur un produit contrefait, estampillé Tunisia, le touriste, une fois chez lui et remarquant la fraude, se fera une mauvaise image de la Tunisie et non du secteur illicite qui se cache derrière; en témoigne le nombre de plaintes reçues par les agences de voyage.

Les commerçants qui vont en Chine pour importer ces produits contrefaits, le font par pur profit, ont consentit les représentants de l’artisanat, et ne se rendent pas compte des dommages qu’ils ont causé au secteur. La formule est pourtant simple : un tapis artisanal de moins, un emploi de moins!

Cependant, « la fédération de l’artisanat continue à espérer », selon M. Amamou qui voudrait voir des résultats concrêts, après la réunion organisée avec le ministère du Commerce. Le contrôle des souks est très important pour limiter le commerce parallèle. Mais, le laxisme du gouvernement actuel, le manque de prise de décisions fermes (bien que contrebande soit partout : essence, cigarettes etc.), le traitement superficiel du secteur artisanal, l’absence de communication de certains résultats d’analyses par l’Office national de l’Artisanat (ONA) auprès du Laboratoire central, l’efficacité de la douane, continuent d’inquiéter et de susciter des interrogations, jusque là sans réponses.

A qui profiterait un artisanat en crise ? En disparaissant, c’est tout un savoir-faire qui disparait souligne M. Tastouri … une identité !

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