L’ANC interroge Abdellatif Mekki

Conformément à l’article 115 du règlement interne de l’Assemblée nationale constituante, les députés ont interrogé samedi des représentants du gouvernement sur l’évolution de leurs travaux et les principaux problèmes qu’ils rencontrent. Etait notamment présent M. Abdellatif Mekki, le ministre de la Santé, qui a donné une ébauche, à l’occasion, d’un bilan mitigé de la situation du secteur.

Durant son discours, un problème persistant a resurgi à maintes reprises. Il s’agit de celui des médecins spécialistes. Ceux-ci boudent, selon le ministre, les régions de l’intérieur et ce malgré l’importance des incitations : une prime mensuelle pour les régions de l’intérieur qui peut atteindre mille dinars, les primes de garde de 100 dinars la nuit, auxquelles s’ajoutent les revenus du travail en privé autorisé pour les spécialistes de la santé publique. Impuissant devant cette problématique, M. Abdellatif Mekki a assuré ne pas avoir de moyen juridique pour obliger les médecins spécialisés à travailler dans les gouvernorats intérieurs. «  Depuis 1994, aucun radiologue n’a mis le pied à Tataouine. Le scanner, qui est toujours dans l’emballage, est démodé et devrait être rechangé, » s’est-il désolé.

Tout comme l’hôpital régional de Tataouine, plusieurs autres hôpitaux de l’intérieur souffrent du même problème. Mais, si des appareils rouillent dans les emballages, d’autres équipements sont vétustes  et ne sont plus fonctionnels, comme les deux ambulances de l’hôpital régional de Kasserine, par exemple, deux véhicules vieux de plusieurs années et réduits à l’état d’épaves, à cause d’allers-retours vers les grands hôpitaux de la capitale et de la côte. Le ministre a, à cet égard, déclaré close l’affaire des ambulances. «  Nous avons importé 350 ambulances dont 120 ont déjà été reçués et nous en avons même envoyé deux à Kasserine, » a-t-il annoncé.

Le ministre a par ailleurs été interrogé sur la situation des quelque 16 mille aide-soignants au chômage. Totalement d’accord avec la décision de ses prédécesseurs d’interrompre cette formation paramédicale, Abdellatif Mekki a assuré qu’avec 32.000 cadres paramédicaux recrutés par le ministère de la Santé publique, le secteur public était incapable d’en absorber davantage. Pour résoudre ce problème, il a préconisé une concertation entre tous les ministères pour reconvertir les aide-soignants chômeurs dans d’autres métiers connexes ou voisins.

Les déséquilibres chroniques et structurels de la carte sanitaire du pays ont également pesé sur les échanges au cours de la plénière. Le ministre, tout en reconnaissant ces déséquilibres « hérités des anciens régimes », a déclaré que les efforts visant à réduire ces écarts étaient diligents et continus. Ainsi, une décision a été adoptée par le gouvernement pour la création, dans les régions de  l’intérieur de plusieurs facultés de médecine de petite taille.  Selon lui, ces unités universitaires serviraient de noyaux pour la création dans le futur de Centre Hospitalier Universitaire (CHU). « Entre temps, nous avons commencé par créer des départements universitaires dans les hôpitaux régionaux. A Sidi Bouzid, il existe désormais, des unités universitaires en ORL et en chirurgie générale », a-t-il souligné. Tout en insistant sur le fait que « le CHU n’est pas une décision qui se prend du jour au lendemain, mais plutôt un processus  qui s’étale dans la durée ».

Se disant ainsi avoir compris les soucis des députés, quant à ces décalages d’infrastructure entre les régions côtières et celles des zones de l’Ouest, le ministre les a appelés à adopter, dans le cadre du budget de 2014, des mesures exceptionnelles pour renflouer les caisses du ministère de la Santé publique. « Avec le budget actuel de 130 milliards de dinars, peu pourrait être accompli. Pour les grands projets, il faut un budget exceptionnel, » a-t-il renchéri.

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