Accélérer la phase de transition et réactiver les moteurs de la croissance

L’Agence de notation Moody’s a abaissé, depuis deux semaines, d’un cran la note souveraine de la Tunisie à BA2, au vu de l’instabilité que vit le pays, ainsi que de la fragilité des banques publiques et des pressions considérables sur la balance des paiements.

Cette dégradation soulève une polémique chez les experts et les économistes, qui ont été unanimes à déclarer leurs craintes quant à ce mauvais signal qui reflète un climat d’affaires incertain et  peu propice à la prise de risques, ainsi qu’une situation préoccupante des finances publiques.

La nouvelle dégradation résulte principalement, selon les spécialistes, de l’instabilité politique et sociale, de l’invisibilité et l’absence d’un consensus pour l’étape à venir, mais aussi de la situation inquiétante de la trésorerie, l’incapacité de la Tunisie à injecter des réserves suffisantes en devises et de surveiller la dépréciation du dinar.  Une situation qui génère l’augmentation du risque traduite par une telle dégradation ou autre.

Depuis la révolution, les agences de notation ont dégradé à maintes reprises la note souveraine de la Tunisie. Ces dégradations reflètent l’importance des risques qui pèsent sur le pays.

Suite à la dernière dégradation, datée du 24 mai dernier, la Tunisie, qui avait la même notation risque (BA1) que le Portugal, le Maroc et la Hongrie, se retrouve aujourd’hui à BA2, basculant dans la même catégorie que l’Arménie et la  Jordanie.

Cette situation, assortie de perspectives négatives, ouvre la porte à d’autres dégradations. Ce qui risque de classer la Tunisie au même rang que des pays comme l’Angola, le Salvador, la Bolivie et le Bangladesh.

Les facteurs de risque

La Tunisie est passée, durant ces deux dernières années, par une conjoncture difficile. Le climat politico-économique est caractérisé par un certain nombre de facteurs :

Le premier facteur est que l’incertitude politique devient persistante. Et ce, d’autant plus que l’escalade sur le plan social et sécuritaire (et même terroriste) prend des proportions inquiétantes.

L’autre facteur, c’est le retard pris quant à l’adoption de la nouvelle Constitution. Ce qui amène, aujourd’hui, certains analystes à penser que la Tunisie est dans une impasse constitutionnelle. Cette invisibilité perçue de l’extérieur empêche le pays de se projeter dans l’avenir.

De plus, le recours répété de la Tunisie à l’endettement n’est pas pour rassurer, tant s’en faut. D’ailleurs en 2011, on avait atteint le seuil de 4889 millions de dinars avec des dons de l’ordre de 1000 millions de dinars. En 2013, on a commencé l’année avec 3590 millions de dinars contre des réalisations en termes de développement qui ne dépassent guère les 328 millions de dinars.

En outre, le système bancaire tunisien est limité. Sa réforme en l’état actuel des choses représenterait un risque très élevé. Il est de l’ordre de  7 à 8% en termes de couverture de dépôts par les crédits. C’est carrément un marché d’endettement.  Ce qui a poussé le gouverneur de la Banque centrale à tirer la sonnette d’alarme et à appeler à ce qu’on injecte quotidiennement des millions de dinars.

Les banques publiques souffrent, également, du problème des créances accrochées  et pour en limiter l’impact, un audit de trois banques publiques est en cours de réalisation. L’idée est d’aboutir à un pôle bancaire et une société de gestion des actifs, par la fusion de ces trois banques.

Les solutions d’urgence

Face à toutes les incertitudes qui pèsent sur la Tunisie et une transition qui s’installe dans la durée, la sortie de la crise ne peut se faire qu’en accélérant la phase de transition et en réactivant les moteurs de la croissance, tels que les investissements directes étrangers (IDE), le tourisme et les exportations…

Vu que ces moteurs sont, aujourd’hui, grippés, la solution reste tributaire de l’aboutissement à un consensus entre les différents partis politiques, seul à même de rétablir la stabilité sur le plan sécuritaire, économique et social.

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