Au bassin minier, sous le phosphate la colère couve encore

La Compagnie des phosphates de Gafsa avait été au début conçue pour être une locomotive du développement. 107 années après sa création, elle est devenue l’épicentre d’une grogne sociale chronique et lancinante. Le Forum tunisien pour les Droits économiques et sociaux (FTDES) s’est attardé sur cette transformation, en essayant d’en déterminer les causes et d’y proposer des issues.

« Nous ne voulons que le développement. Et nous n’aurions jamais demandé un quota des revenus de la CPG si nous n’avions pas constaté des déséquilibres révoltants ». C’est par ces deux phrases simples que Mosbah Fourati, un jeune activiste de la société civile, originaire de Senad a tenté ce matin d’expliquer les revendications de sa région.

Ces deux phrases en disent long sur une histoire séculaire de l’extraction et de l’exploitation des phosphates au Sud du pays, et sur le malaise et la colère des quelque 109 mille personnes vivant au bassin minier, principalement dans les délégations de Moularès, Redeyef, Mdhilla et Metlaoui ainsi que dans les délégations limitrophes comme Senad, El Ksar ou Gafsa-Sud.

 « Certains peinent à comprendre la légitimité de nos revendications, sous prétexte que la CPG est une entreprise publique et que ses fruits doivent par conséquent profiter à tous », a noté le jeune Gafsien. « Mais, ils n’ont pas la moindre idée sur ce qui se passe là bas », assène-t-il.  « Là-bas, la population  détient plusieurs records nationaux. Premier entre tous est la pauvreté. Les Gafsiens du bassin minier excellent dans le chômage. Le taux atteint un sommet de 47,4% chez les jeunes diplômés, et la CPG a du mal à résorber ce taux faramineux malgré les recrutements qui dépasseraient, selon les responsables, sa capacité. »

Cette partie des revenus que revendiquerait la population du bassin minier permettrait-elle de payer la lourde facture énergétique et  sanitaire de la région ?  Bien des Gafsiens en doutent fort. Les dommages sont en effet irréversibles. A Mdhilla, où une installation industrielle vétuste continue à éjecter du fluor, de l’ozone (O3), des oxydes de soufre (SOx) et des oxydes d’azote (NOx), des maladies graves sont largement répandues. Sur 100 habitants de ces zones, 68 souffrent d’ostéoporose, qui est une déminéralisation des os, et 23 sont atteints de leucémie.

La pollution omniprésente ajoutée à la tension qui accompagne chaque vague de recrutement à la CPG, avec en prime une situation sanitaire périlleuse, et les indicateurs de bien-être bien au dessous du zéro, ont tiré le solde migratoire dans les délégations de Gafsa vers le bas. Il est de -1,600 à Moularès et de -500 à Redeyef. Avec, ce solde migratoire négatif, le bassin minier risque de se vider de sa population. Le gouvernement ne paraît, quant à lui, préoccupé que par la pérennité de la compagnie. «  Il faut reprendre la production », « Empêcher  l’extraction des phosphates est une forme de terrorisme », «  Les protestions des Gafsiens sont illégitimes », « Le chiffre d’affaires, qui a régressé de 2.714 millions de dollars en 2010 à 901 millions de dollars en 2012,  a fait perdre au secteur des phosphates les deux tiers de sa capacité à l’export », « Ce que nous perdons est difficile à récupérer »… Les cris d’alarme sur la pérennité de la principale entreprise publique de l’économie nationale n’ont cessé depuis quelques mois de se faire entendre un peu partout, au Palais du Gouvernement, à Carthage, au siège de la CPG à Tunis, et jusque sous la voûte de l’Assemblée nationale constituante.

Les cancéreux, les pauvres, les chômeurs, personne n’en a cure.

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