Que faire avec l’argent du FMI ?

Cette question n’est pas de moi, mais d’un ancien ministre des Finances du gouvernement B. C. Essebsi.  Cela m’a beaucoup interpellé.

Le gouvernement actuel cherche à mobiliser 5 milliards de dinars pour boucler le budget de 2013. Face à cette complexité que personne ne veut nommer, une partie de ce montant manquant sera, selon les dires de son ministre des Finances, couvert  par les Sukuks et par un prêt du FMI d’un montant de 1,7 milliard de dollars, soit environ 2,7 milliards de dinars.

Le recours au FMI était un choix pour faire face aux pressions sur la balance des paiements du pays. Ce prêt représente l’équivalent de 400% de la part de la Tunisie dans le capital de cette institution internationale. Il ne sera pas versé à la Tunisie en un seul bloc. Le versementde cet argent s’étalera sur trois années : 718 millions de dollars en 2013, 802 millions de dollars en 2014 et 218 millions de dollars en 2015.

Toutefois, ce prêt a  fait couler beaucoup d’encre. Bien mieux, l’on a très vite entendu les cris de certains, perplexes et divisés, s’opposer à ce prêt. Ils ont accusé le gouvernement d’avoir l’intention de « vendre le pays aux institutions internationales ». Ces accusateurs sont ceux-là mêmes qui mettent les bâtons dans les roues de la machine productive, bloquent les routes, ferment les mines et les sites de production et appellent à la haine et à la violence. Ils prennent en otage l’Etat.

Pis encore : une partie de ceux qui s’opposent aujourd’hui au prêt du FMI ont commis de nombreuses maladresses telles que l’alourdissement des dépenses de l’Etat par une masse salariale supplémentaire avec, notamment, de nouveaux recrutements dans le secteur public accompagnés d’une réduction des heures de travail !

Que cache le gouvernement ?

Le gouvernement est-il en mesure de répondre aux accusations et d’expliquer les réels motifs de son recours au prêt du FMI ? La vérité n’est-elle pas toujours bonne à dire ? Le gouvernement a-t-il caché certaines choses aux Tunisiens ? Le gouvernement est-t-il obligé de révéler les conditions imposées par le FMI ?

Le silence du gouvernement a suscité des inquiétudes, mais il n’est pas au degré zéro de  communication. Le prêt du FMI a suscité au mois de mars la controverse et le débat et une séance plénière à l’ANC. Ce qui a soulevé des doutes auprès des citoyens quant au fait de savoir si le FMI préconise ou pas de réduire le déficit de la Caisse générale de compensation, premier souci de la classe moyenne.

Les réformes préconisées par le FMI ne sont pas certes celles de 1984. La gravité du contexte n’est pas au niveau de celle qui a coûté la vie à de centaines de Tunisiens sortis pour manifester l’annulation de la Caisse de compensation. Même avec la dépréciation du dinar et la montée exponentielle du chômage, la situation d’aujourd’hui n’est pas celle de 1984 où l’on était à des niveaux de réserves en devises qui couvrent seulement 4 jours d’importations.

Le gouvernement considère que l’accord entre la Tunisie et le FMI pour l’octroi de ce prêt va émettre des signaux positifs aux investisseurs étrangers. Cela reflète, selon le gouvernement, sa volonté pour entamer des réformes financières et économiques pour relancer l’économie et renforcer, à moyen terme, la stabilité sociale.

Le gouvernement a déjà déclaré que les dettes extérieures, dont le prêt du FMI, seront utilisées pour le financement de la recapitalisation de certaines banques publiques et dans l’amélioration de la gestion du système bancaire à travers la création d’une société de gestion d’actifs qui reprendrait les créances douteuses des banques appartenant à l’Etat. Le rôle du secteur bancaire et financier dans le financement de l’économie – même s’il n’a pas encore atteint le niveau attendu – reste crucial.

Que faut-il aussi faire alors avec l’argent du FMI ?

Le prêt du FMI devrait  tout d’abord rester  dans les caisses de l’Etat et ne pas servir, entre autres, à l’indemnisation des militants de certains partis politiques. Ce qui serait une grave erreur.

L’Etat, censé investir dans des projets d’infrastructure, est aujourd’hui un grand consommateur des subventions, doit sortir de la caisse de compensation. Il ne faut pas prêter de l’argent pour les dépenser dans la subvention de la consommation qui a atteint des records historiques. Cet argent doit contribuer au financement des entreprises désirant investir dans les régions intérieures du pays et à l’amélioration des conditions de vie des populations locales.

La baisse de l’investissement privé et  la diminution des IDE est le nœud de la crise.   On prête pour trouver des solutions pour le chômage et stimuler l’investissement. L’Etat doit retrouver son habituel rythme de croissance. L’endettement extérieur doit générer de la richesse et non appauvrir davantage la classe moyenne et les générations futures. Celles-ci devraient trouver les moyens pour s’autodéfendre. Changer d’approche et recourir à des instruments de développement plus performants est plus que jamais une nécessité. L’utiliser sans une stratégie claire pour développer le secteur privé et l’investissement public, cet argent n’aura aucun sens.

Le gouvernement devrait opter davantage pour la stabilité sociale et donner plus de visibilité aux investisseurs locaux et étrangers. Il pourra ainsi réussir  s’il sait bien se doter de moyens pour sortir la tête de l’eau.

1 COMMENTAIRE

  1. Honteux!! Mr. Mohsen Tiss, vous accusez ceux qui sont contre un tel recours à l’FMI (66% selon un dernier sondage) de mettre les bâtons dans les roues de l’économie nationale. C’est faux! On peut travailler et contribuer aux recettes de l’Etat tout en ayant son propre avis sur une telle question! La démocratie c’est aussi la liberté d’expression…ou pas selon vous!

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