Lutte contre la corruption : quel rôle pour la société civile ?

Une journée sous le thème « Des agences anti-corruption dans la région MENA : Amélioration de l’Interaction avec les organisations de la société civile, promotion d’une politique nationale de lutte contre la corruption », a été organisée par  Transparency International (TI) à l’occasion de sa deuxième table ronde régionale.

La société civile peut-elle freiner la corruption ?

Quelle est la place réelle de la société civile dans la lutte contre la corruption ? Un phénomène qui touche à tous les secteurs, tant publics que privés- politique, santé, énergie (compagnies pétrolières et gazières), environnement, droit à l’information, éducation, défense et sécurité etc.- des dommages irréversibles et dévastateurs , surtout pour les populations les plus démunies, laissant au passage plus de pauvreté, de misère et de conflits.

La corruption est un phénomène global et répandu dans la région du Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ayant conduit  entre autres aux soulèvements vécus par les pays du Printemps arabe dont la Tunisie, classée en 2012 75ème sur 176 pays et que le rapport de la Banque Africaine de Développement (BAD ) décrit comme problème grave, à l’origine d’un manque de transparence et représentant une entrave à la croissance économique du pays.

En conséquence, des agences de lutte contre la corruption ont été créées dans la région MENA, à savoir au Yémen, en Palestine, au Maroc, en Tunisie (Instance de lutte contre la corruption), en Irak, Arabie Saoudite, Jordanie et aussi en Egypte.

Mais, quelle est la part de la société civile dans le combat contre la corruption ? s’est interrogé  M. Peter Eigen, fondateur de Transparency International, ancien directeur de la Banque Mondiale. Comment implémenter des stratégies durables dans la lutte ? Et comment la société civile pourrait-elle établir un partenariat solide avec les agences de lutte contre la corruption d’une part et le gouvernement de l’autre, dans les pays de la région MENA, considérant la réalité actuelle de la société civile relativement ‘’handicapée’’ (des activistes continuent à être tués, emprisonnés etc.) ?

Il semblerait que des expériences ont été réussies par  exemple en Allemagne, Grande-Bretagne, France, aux Etats-Unis ou encore en  Géorgie (saluée, selon le rapport de la Banque Mondiale  en 2012, pour sa lutte contre la corruption).

Selon M. Tilman Hoppe, Expert international en anticorruption, la société civile peut intervenir lors de la nomination d’un corps pour la  lutte contre la corruption. En effet, lors des opérations de l’organisme anti-corruption, les représentants de la société civile peuvent être présents régulièrement, comme c’est le cas du Forum anticorruption en Afrique du Sud, dans l’implémentation de politiques régissant les activités et stratégies des agences anticorruption ou encore dans l’élaboration de législations, comme dans le  cas de la Corée du Sud. Bien que la société civile ne puisse pas intervenir directement dans l’investigation sur la corruption, elle peut le faire au sein d’organisations non-gouvernementales.

La démocratie est-elle synonyme de moins de corruption ?

Des expériences ont montré que, contrairement aux préjugés, la corruption n’est pas un phénomène inhérent à la démocratie. Le Chili, pris comme exemple, est classé, en 2012, 20e sur 176 pays, car il n’y aurait pas un lien direct entre la démocratie et la volonté de réduire la corruption, bien qu’il soit difficile d’imaginer une lutte contre la corruption sans un Etat de droit, une  justice, un droit à l’information, la transparence et la  liberté de la presse.

Les organismes de lutte contre la corruption devraient être eux-mêmes contrôlés, bien qu’il existe un dilemme entre l’indépendance de leurs actions et leurs obligations à rendre des comptes. C’est justement, selon M.Tilman, le rôle de la société civile, terme vague, à redéfinir : « Qui est la société civile ? »  

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