Le spleen économique tunisien

« Dinar dévalué », « inquiétudes », « machine infernale en marche », lit on dans les journaux. Quelles sont les origines de ce phénomène économique ? Quels en sont les éléments déclencheurs ? Existerait t-il un scénario ‘’ apaisant’’ dans une conjoncture peu rassurante ? M.lotfi Chaib , responsable chez Amen Bank, nous fournit quelques éléments de réponse.

La dépréciation du dinar ne date pas d’hier

La dépréciation du dinar remonte à un problème structurel datant des années 70. Les politiques économiques accordent une impotance exagérée aux exportations et importations avc en parallèle une marge de crédit bancaire non exploitée ( les crédits représentant 70% du PIB au lieu de 100% en équilibre normal).Depuis les années 70 jusqu’à nos jours , les politiques d’aides à l’exportation n’ont pas porté leurs fruits ou bien ne sont pas opérationnelles : la preuve,  jamais un excédent dans la balance commerciale de 1970 à 2013.

Cependant, la dépréciation du dinar qu’on subit actuellement est fortement liée à la révolution qui charrie avec elle des conséquences économiques. Les événements qui ont eu lieu récemment y ont contribué significativement (la diminution des produits alimentaires sur le marché local à cause de l’alimentation des marchés libyens, les importations massives de différents produits ( lait, moutons , voitures ) , des entrées d’argent en baisse à cause de la récession du secteur du phosphate et du tourisme et un secteur informel illicite qui prend de plus en plus de l’ampleur.

L’agriculture et un fonds d’aide à l’exportation : multi solutions potentielles

L’agriculture devrait être la cible du financement bancaire. En effet, ce secteur vital souffrirait d’un manque d’outils (sous serre, tracteurs, engrais…). Une agriculture redressée stimulerait l’économie  intérieure en augmentant le PIB en volume. Par conséquent, réduire le lien avec le couple importations/exportations, tirer profit de l’inflation des cours des produits alimentaires  et renforcer la demande intérieure. Cela n’agira pas seulement sur le PIB mais également sur  le phénomène de l’exode en réduisant la pression forte qui s’exerce sur les villes et en rendant l’attractivité au monde rural (en jouant sur le vecteur salaire et statut fiscal des particuliers). Conséquence : créer aussi des opportunités d’investissement dans le secteur de l’écotourisme et  maintenir ainsi un raisonnement d’époque.

Les structures liées à l’exportation telles que le CEPEX et la FIPA ne sont pas évaluées sur leurs performances. Intégrer un modèle de ‘’Small buisness administration ‘’ serait avantageux car ces organismes fédérés,  avec à leur tête un ministère, pourraient établir des objectifs clairs et réalistes, car ils auraient au final des comptes à rendre.  Les banques tunisiennes pourraient y contribuer en jouant le rôle du bras financier (BNA, STB, BH) pour un objectif commun : augmenter la valeur du dinar.

La Tunisie pourrait investir dans des projets rentables à l’international (acheter une chaîne de distribution en Ukraine par exemple ou à  Ankara) en créant un fonds d’aide à l’exportation. Exploiter au maximum l’Europe (la concentration commerciale la plus grande et la plus solvable au monde dotée d’un espace commercial le plus réglementé et standardisé) au lieu de se retourner vers d’autres marchés tels que la Chine et la Russie (choix qui n’est pas réaliste vu le nombre de contraintes liées aux coûts de transport ou à la langue).

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