Siffler la fin de la récréation

Le gouvernement a tenu bon face aux adeptes d’ « Ansar Achariâa ». Leur congrès ne s’est pas tenu à Kairouan le 19 mai 2013. Il s’agit maintenant de pérenniser toutes les décisions de ce type initiées pour faire respecter la loi. Tout simplement. Qu’il s’agisse de salafistes ou de toute autre composante du tissu national. Et nous pouvons tous faire beaucoup dans ce sens.

En langage militaire cela s’appelle diversion. On attend la bataille sur un terrain précis, mais ceux qui ont pris l’initiative de l’engager la décident en définitive ailleurs. C’est à peu près ça. Puisque des militants et des sympathisants d’ « Ansar Achariâa » (les partisans de la charia) ont décidé de faire entendre leur voix à Ettadhamen et Al Intilaka, dans la banlieue ouest de Tunis. C’est du moins ce que le porte-parole du mouvement, Billel Chaouachi, a indiqué au journal de 20 heures d’ Al Watanya 1 du 19 mai 2013. Le dispositif de quelque 11 000 militaires et d’agents des forces de l’ordre a pu se mettre en place dans la capitale des Aglabides et dissuader quiconque s’aviserait de faire fi de la décision gouvernementale de ne pas tenir le congrès d’ « Ansar Achariâa ». Et les quelques jets de pierres auxquels les forces de l’ordre ont répondu énergiquement par des gaz lacrymogènes n’ont pas perturbé, loin s’en faut, le quotidien des forces de l’ordre décidées à appliquer la loi. Le ministère de l’Intérieur a annoncé, vendredi 17 mai, qu’il n’autorisera pas la tenue du congrès d’ « Ansa Achariâa».

Donc plus de peur que de mal. Même si l’on ne peut que déplorer morts et blessés. Même si cela n’est que partie remise: le congrès a été reporté au dimanche 26 mai 2013, selon d’autres sources. Sans doute pour dire la détermination d’« Ansar Achariâa ». Et jouer, peut-être,  au chat et à la souris avec le gouvernement : une sorte de guerre d’épuisement dans laquelle ce dernier ne pourrait pas gagner : les adeptes salafistes d’« Ansar Achariâa » estiment être plus pugnaces et plus patients que le gouvernement. Sans doute estiment-ils aussi qu’ils ont la volonté divine de leur côté.

Ou il y a un Etat ou il n’y a pas d’Etat !

Quoi qu’il en soit, le gouvernement semble avoir gagné une grande partie de la bataille qui s’est engagée, le 19 mai 2013, entre les deux parties. Les escarmouches entre les salafistes et les forces de l’ordre à Kairouan et les affrontements d’Ettadhamen et d’Al Intilaka  n’ont pas fait plier le gouvernement qui a maintenant la preuve d’au moins une chose : s’il faut dialoguer avec les salafistes, qui sont une composante du tissu national, cela ne veut pas dire que la fermeté ne soit pas essentielle pour faire revenir à la raison tous ceux- salafistes ou pas-  qui refusent d’appliquer la loi souvent en faisant usage de violence.

Toujours est-il qu’en décidant de ne pas organiser- le pouvaient-ils du reste ?- leur troisième congrès à Kairouan, le 19 mai 2013, les salafistes d’« Ansar Achariâa » ont, quels que soient leurs arguments, reculé. Des pages Facebook ont du reste appelé à éviter la confrontation, même si d’autres ont œuvré au contraire. De ce côté des choses, la stratégie de la peur n’a pas fonctionné. On sait que par les manifestations de violence ou encore par les rassemblements tonitruants avec cris et drapeaux noirs, des salafistes ont laissé germer l’idée que ceux qui veulent s’opposer à eux finissent par se casser les dents.

Une stratégie qui peut marcher. Mais sans doute pas avec l’Etat. Pour ce dernier, il n’est sans doute plus possible de reculer. La logique est la suivante : ou il y a un Etat ou il n’y a pas d’Etat ! Le discours était en filigrane de toutes les déclarations autant des responsables que des agents des  forces  de l’ordre qui savent qu’une partie décisive se jouait, le 19 mai 2013, à Kairouan.

Relance combien urgente de l’économie

Reste que pour que le gouvernement prenne de manière durable le dessus dans cette affaire, il faudra qu’il soit largement soutenu. Car, il s’agit d’une affaire de souveraineté nationale. En clair : l’Etat doit-il reculer lorsqu’il s’agit de faire respecter la loi ? Dans ce cadre, nous nous devons d’insister pour dire que doit cesser toute manifestation contraire à l’ordre public. Maintenant que le pays a été libéré du joug de la dictature, que les citoyens ne subissent plus le diktat d’un seul parti et d’un seul homme, il faut se rendre à l’évidence que tout le monde doit respecter la loi.

Donc, moins de passe-droit, de routes coupées, de sit-in illégaux, de feux rouges grillés, de contrebande et  d’étals anarchiques ne nous ferait pas de mal… Loin s’en faut ! Il faudra également que cessent, et à commencer dans les rangs des responsables du giron gouvernemental, des déclarations déstabilisantes et peu amènes du genre de celles que le congrès d’ «Ansar Achariâa» est une occasion pour l’animation commerciale et touristique de la ville de Kairouan ou encore, certes plus anciennes, selon lesquelles les salafistes ne sont pas venus de la planète Mars et qu’ils rappellent à certains leur jeunesse. Ou encore ces plaidoyers à peine voilés pour le mariage précoce des femmes, leur excision ou encore la polygamie. La paix sociale est à ce prix; la relance combien urgente de l’économie. Et la fermeté exprimée par nos valeureux agents de sécurité doit signifier pour nous tous que nous devons au plus vite siffler la fin de la récréation.

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