Bouteflika : rumeurs alarmistes en Algérie

La presse algérienne s’interroge chaque jour, avec prudence, sur un sujet tabou : l’état de santé du président algérien Abdelaziz Bouteflika, hospitalisé depuis des semaines à l’hôpital militaire Val de Grâce  à Paris à la suite d’ un « AVC mineur », suscite des rumeurs les plus folles en Algérie, alimentées par les propos officiels rassurants mais évasifs, à un an de la présidentielle, surtout en l’absence de bulletins de santé du président âgé de 76 ans.

Le président « dans un état comateux »

Dimanche 19 mai, la censure a frappé « Mon journal » et son pendant arabophone « Djaridati », une première en Algérie depuis une dizaine d’années. Cette censure a toutefois été démentie par le ministère de la Communication, qui a affirmé qu’il n’avait donné « aucun ordre de censure » des journaux, selon une déclaration citée par l’agence nationale APS.

Les deux journaux avaient consacré leur Une à un dossier sur la « détérioration » de l’état de santé du chef dd l’État, citant « des sources médicales françaises et des proches de la présidence algérienne« . Ils annonçaient aussi, s’appuyant sur les mêmes interlocuteurs, qu’Abdelaziz Bouteflika était « rentré mercredi à l’aube à Alger dans un état comateux' ».

Le directeur des deux quotidiens, un ancien militaire devenu opposant, a ensuite été formellement accusé par le parquet d’Alger d' »atteinte à la sécurité de l’Etat » pour ses déclarations sur la santé du président, qui ont eu un « impact négatif direct sur l’opinion publique nationale et internationale« . Le ministère de la Communication a d’ailleurs opposé un démenti formel à ses déclarations, en affirmant que les deux journaux « donnaient des informations erronées » et « totalement fausses » sur l’état de santé du président.

Le silence de Paris

Selon l’agence AFP, Paris se refuse depuis le 27 avril à tout commentaire, laissant Alger communiquer sur l’état de santé du président. Or Alger cherche surtout à rassurer depuis l’hospitalisation d’Abdelaziz Bouteflika, annoncée le jour même de son transfert à Paris suite à un « AVC mineur ».

 Dernier responsable en date à s’être exprimé en ce sens, le ministre de l’Aménagement du territoire, Amara Benyounès, a déclaré vendredi que le président allait « bien« . Le chef du Gouvernement Abdelmalek Sellal a même affirmé le 11 mai que le président Bouteflika suivait « quotidiennement les dossiers et questions d’intérêt national ».

Dimanche, le quotidien francophone « Le Soir d’Algérie » titrait « Confusion totale » et prévenait : « Plus son séjour parisien s’allonge, plus la version officielle  perd de sa crédibilité auprès d’une opinion publique suspicieuse de nature ».

Rappelons que ces derniers mois, le président était apparu à la télévision à l’occasion de visites d’hôtes étrangers, sans faire la moindre déclaration. Son dernier visiteur, le 15 avril, a été le président sud-africain Jacob Zuma qui devait séjourner pendant deux jours et n’est resté que quelques heures. Et sa dernière apparition à la télévision remonte au 17 avril, à l’occasion de l’enterrement de l’ancien chef d’Etat algérien Ali Kafi.

Procédure d’empêchement ?

A moins d’un an de la présidentielle, nombre de partisans d’Abdelaziz Bouteflika appelaient encore récemment à un 4e mandat. Après 14 ans d’exercice, il est déjà le président algérien resté le plus longtemps au pouvoir, son mentor Houari Boumediene étant resté environ 13 ans.

Mais des voix s’élèvent déjà, dont celle d’Abderrezak Mokri, nouveau chef du Mouvement de la société pour la Paix (MSP, islamiste tendance Frères musulmans), pour réclamer une procédure d’empêchement. La Constitution prévoit en effet qu’en cas de « maladie grave et durable » du président qui « se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions« , le Conseil Constitutionnel propose à l’unanimité « au Parlement de déclarer l’état d’empêchement« , ce qui nécessite une majorité des deux-tiers.

Le président du Conseil de la Nation (Sénat) est alors chargé de l’intérim durant 45 jours, après quoi « il est procédé à une déclaration de vacance par démission de plein droit » du chef de l’Etat et une nouvelle élection doit se tenir dans les 60 jours.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here