Pour doper sa croissance, le Japon inonde son économie de liquidités

Avec son augmentation du Produit intérieur brut (PIB) de 0,9 % au premier trimestre par rapport au précédent (3,5 % en rythme annualisé), les statistiques publiées récemment à Tokyo ont fait saliver des hommes politiques du Vieux Continent, jusqu’au président français, François Hollande, dont le pays vient d’entrer en récession.

Reprise

 Ce redémarrage est d’autant plus notable que depuis vingt ans l’économie japonaise n’a crû en moyenne que de 0,85 % par an, freinée entre autres par une déflation persistante que le nouveau Premier ministre de droite, Shinzo Abe, a promis de vaincre en poussant la Banque du Japon  à déverser des flots d’argent dans les circuits. « L’économie japonaise est clairement en phase de reprise« , se réjouit Tomo Kinoshita, économiste au groupe de services financiers Nomura. Il souligne la vigueur de la consommation, « soutenue par la dépréciation du yen et la montée des indices boursiers, sur fond d’espoir renaissant ».

Redonner confiance

Depuis la dissolution de la Chambre des députés, à la mi-novembre, qui avait fait de Shinzo Abe le favori pour accéder au pouvoir – ce qu’il a fait un mois plus tard – le yen a perdu plus d’un quart de sa valeur face au dollar et à l’euro. L’indice Nikkei de la Bourse de Tokyo s’est envolé dans le même temps de 70 %. Comme nombre de ses confrères, Tomo Kinoshita crédite Shinzo Abe d’avoir redonné confiance à une population un peu déprimée, qui devrait selon lui consommer davantage grâce aux retombées positives de coups de pouce budgétaires. Le gouvernement a en effet consacré plus de 40 milliards d’euros aux travaux publics dans son budget annuel, qui s’ajoutent à une somme voisine déjà intégrée dans un plan de relance mis sur les rails en janvier.

Selon l’agence AFP, la propension des entreprises à investir suscite des interrogations : les statistiques de la croissance font apparaître une baisse de 0,7 % au premier trimestre. Shinzo Abe a promis de la « dérégulation » pour élever de 10 % l’investissement en trois ans. Les contours de cette réforme doivent être présentés en juin.

Risques

L’économiste Takeshi Minami juge toutefois que les firmes sont d’ores et déjà plus enclines à investir, persuadées que la consommation des ménages va grimper, tout comme les exportations soutenues par un yen plus faible. Mais même avec un yen affaibli, l’activité des sociétés exportatrices reste fortement dépendante de la conjoncture mondiale. « La situation pourrait mal tourner si la demande étrangère faiblit et si l’aversion au risque revient sur les marchés financiers« , prévient-il.

Le brillant tableau pourrait aussi être assombri par la réticence du patronat à augmenter les salaires, malgré de pressants appels du pied du gouvernement. « Il n’est pas certain que la consommation continue de progresser, car les revenus des ménages stagnent« , avertit un économiste du centre de recherche Capital Economics.

L’effet serait dévastateur si la politique monétaire ultra-accommodante de la Banque centrale du Japon entraînait un décollage de l’inflation sans que les salaires suivent. Le tournant risque d’intervenir lorsque l’État japonais va élever la taxe sur la consommation, de 5 % à 8 %, en avril 2014 si la croissance le permet.

Le poids de la dette nippone

Les économistes s’attendent à un surcroît d’achats avant cette échéance, puis à une chute de la consommation juste après. Le gouvernement aurait cette fois plus de mal à doper l’activité par la relance budgétaire, car Shinzo Abe a promis un plan d’assainissement pour contrôler une dette gigantesque représentant 245 % du PIB, selon le FMI. L’archipel pourrait alors retomber dans l’alternance de phases de croissance et de récession qu’il connaît depuis 2008, dissipant le mirage de la reprise modèle aperçu depuis l’Europe.

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