Yosr Développement et les enseignements du cas Madoff

Crédit photo: Yosr Développement

En Tunisie, la société Yosr Développement n’aura pas attendu longtemps après la révolution, pour commencer une vaste opération de collecte de l’épargne. La société a, à ce jour, pu collecter près de 15 millions de dinars, déposés par des petits épargnants.

L’affaire « Yosr Développement » a, ces derniers jours, fait couler beaucoup d’encre. Une première sonnette d’alarme avait déjà été tirée en octobre 2012 sur la situation douteuse de cette entreprise tunisienne. Un quotidien tunisien francophone a même considéré qu’il s’agissait bien là d’une « escroquerie monumentale ». Des voix s’élèvent aussi, faisant part de leurs craintes quant à ce genre de sociétés.

Pour mettre l’accent sur cette affaire qui défraie l’actualité en Tunisie, l’université Dauphine-Tunis a récemment invité M. Marcel Drach, maître de conférences en sciences économiques à l’Université Paris-Dauphine et directeur de programme au Collège international de Philosophie, qui a développé les tenants et les aboutissants.

Yosr Développement et la BCT

La surprise a été de taille pour les adhérents de la société Yosr Développement, au vu de la décision prise par la Banque centrale de Tunisie, sur ce genre d’activités.

En effet, la société n’a jamais caché les informations la concernant. Il s’agit d’une Sarl, avec matricule fiscale et numéro au registre de commerce, dont l’adresse  à Tunis est facile à trouver. Elle participe à des salons professionnels, affiche fièrement ses activités sociales, communique régulièrement ses offres et son actualité sur sa page Facebook.

La société a affirmé, via sa publication datée du 3 avril 2013 sur sa page Facebook, qu’elle était soumise aux contrôles de la Banque centrale de Tunisie, du ministère des Finances et de toutes les autres autorités publiques.

Dans un communiqué, en date du 8 mai 2013, la BCT a appelé tous les citoyens à ne pas entrer en contact avec des sociétés de collecte de l’épargne auprès des particuliers. Ces sociétés promettent à leurs clients de forts taux d’intérêts. Elles font actuellement l’objet de poursuites auprès des autorités judiciaires.

La BCT a, par ailleurs, rappelé que la loi tunisienne en vigueur interdit ce type d’activités. « Ces opérations, inhabituelles en Tunisie, sont l’exclusivité des banques et des institutions bancaires autorisées et soumises au contrôle de la BCT », avertit le communiqué de la BCT.

Un « Mini – Madoff tunisien » ?

La réaction de la BCT, et ses retombées médiatiques, ont forcé M. Adel Dridi, le manager et propriétaire de Yosr Développement, à briser le silence et à s’expliquer. Il a déclaré que Yosr Développement, fondée en février 2011, a rempli toutes les exigences légales.

Qualifié par certains comme un « Mini – Madoff tunisien », M. Adel Dridi a ajouté que les activités de Yosr Développement sont « clean » et que la boîte gère une clientèle de 50 mille personnes et engage actuellement plus de 80 cadres. Il a indiqué également que, contrairement à ce que certains pensaient, Yosr Développement n’a pas été conçue pour remplacer les banques conventionnelles et n’utilise pas les systèmes de prêts ou de dépôts bancaires.
Il a indiqué également que Yosr Développement a inventé un nouveau concept, à savoir, les « cartes de développement coopératif » et investit l’argent de ses clients dans des projets de tourisme, de promotion et de construction immobilière etc.

Concernant  la position de la Banque centrale, qui a considéré les activités de Yosr Développement comme illégales, M. Adel Dridi espère que justice sera faite.

Toutefois, la BCT a, récemment, nié tout rapport avec la Société Yosr Développement et a affirmé ne lui avoir jamais octroyé d’agrément pour exercer des activités qui relèvent de la compétence d’une banque.

La pyramide de Ponzi !

Ce genre d’opération financière a été à l’origine du tsunami qui a balayé la planète et le monde de la finance, à savoir la crise des Subprimes.

M. Marcel Drach a fait savoir que cette société a monté une sorte de pyramide de Ponzi, attirant les citoyens crédules, persuadés d’un gain rapide fait au moyen de promesses de taux d’intérêt gigantesques grâce au capital apporté par les derniers arrivants.

Et d’ajouter que l’affaire de la société Yosr Développement n’est rien de moins qu’une pyramide de Ponzi, du nom de l’escroc italo-américain, Charles Ponzi, qui l’a inventée, utilisée par cette société pour dilapider l’argent des pauvres citoyens tunisiens crédules.

La pyramide de Ponzi repose sur la croyance que l’on va réaliser des profits inédits. Attirée en masse par les promesses financières, la clientèle accourt et les capitaux affluent, permettant de respecter l’engagement initial jusqu’à ce que quelqu’un crie : « Le roi est nu » et que la bulle spéculative explose.

La leçon la plus importante concerne la difficulté de prouver et de savoir si l’activité de Yosr Développement est illicite ou pas et de connaître le vrai destin de l’argent de ses adhérents. Pour l’instant, personne n’a crié « Le roi est nu ». Yosr Développement continue sa bataille contre le chômage et la pauvreté.

 

 

 

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