Nidaa Tounes confirme sa progression, Ennahdha résiste à l’épreuve du pouvoir

Nidaa Tounes en nette progression

Le baromètre politique trimestriel SIGMA réalisé en mai 2013 apporte son lot de surprises par rapport à la vague du mois de février 2013. Le parti Nidaa Tounes passe en effet en tête en termes d’intentions de vote en cas de législatives à date, avec 22.6% (sur l’ensemble du corps électoral) contre 15.9% en février 2013. Le leader Ennahdha, qui a obtenu le 23 octobre 2011 18.6% des suffrages, est passé de 17.3% en intentions de vote en février 2013 à 16.5% en ce mois de mai 2013. Le Front populaire a vu ses taux d’intentions de votes baisser en trois mois passant de 6.2% en février (enquête réalisée après l’assassinat de Chokri Belaid) 2013 à 4.5%. Al Joumhouri obtient 2.1% contre 1.4% en févier 2013, Ettakattol 1.2% contre 0.8% à la dernière vague, le CPR en 6ème position avec 1.1% d’intentions de votes en mai 2013 contre 1.6% en février 2013, et enfin Al Aaridha réalise un score de 0.5% contre 0.7% en février 2013. L’ensemble des autres formations politiques obtiennent près de 2%. Le taux de Tunisiens en âge d’aller voter et qui n’ont pas exprimé leur choix dans la vague de mai 2013 est de 49.5% contre 54% au mois de février 2013.

Deux partis accaparent plus des 2/3 des intentions de vote exprimées

De fait, si on rapporte les intentions de vote sur uniquement les personnes ayant donné leurs préférences, les taux deviennent respectivement 44.7% pour Nidaa Tounes, 32.6% pour Ennahdha (contre 37.7% lors du scrutin du 23 octobre 2011), 8.9% pour le Front populaire (13.4% d’intentions de vote en février 2013), Al Joumhouri obtient 4.1% contre 3.1% et 2.4% pour Ettakatol (1.7% en février 2013), et le CPR passe de 3.5% à 2.2%.

En termes d’extrapolation en nombres de voix potentiels sur le territoire tunisien (l’enquête n’a pas couvert les Tunisiens résidents à l’étranger, qui ont par ailleurs voté sensiblement comme les Tunisiens de « l’intérieur »), à date, on obtient environ 1.6 millions de votants potentiels pour Nidaa Tounes et 1.2 millions pour Ennahdha, 335 000 pour le Front populaire, 150 000 votants potentiels pour Al Joumhouri et 91 000 pour Ettakatol.

Le Front Populaire en situation d’arbitrer… 

Compte tenu de la taille particulièrement élevée de l’échantillon (2 777 unités de sondage), il a été possible d’estimer le nombre de sièges potentiel pour chaque formation avec le même algorithme que les dernières élections (les plus forts restes). Ainsi, Nidaa Tounes peut prétendre si les législatives ont lieu en ce mois de mai 2013 à près de 90 sièges territoriaux (sur 199, sans compter les 18 réservés à la diaspora), 68 pour Ennahdha contre 80 sièges territoriaux actuellement (et 9 de l’étranger en octobre 2011), le front populaire obtiendrait 20 sièges, Al Joumhouri 7, Ettakatol 6, le CPR 5, Al Aridha 1, et Hizb Attahrir 1 s’il venait à participer aux échéances électorales. Les autres partis se partageraient 1 autre siège.

Cela donne une nouvelle configuration de l’Assemblée où Nidaa Tounes obtient 45% des sièges contre 34% pour Ennahdha, 10% pour le Front populaire, 4% pour Al Joumhouri, 3% pour Ettakatol, 2% pour le CPR et 1% pour Al Aaridha Achaabiaa.

Dites-moi où vous habitez, je vous dirai quelle formation vous séduit 

La variable qui explique le mieux les intentions de votes est clairement la région de résidence des votants. Aussi, les électeurs potentiels de Nidaa Tounes sont surreprésentés dans les zones littorales allant du Sahel (58.8%), au Cap Bon, au Grand Tunis, au Nord et le Nord ouest. Ennahdha puise son électorat potentiel davantage dans les régions du Sud et notamment le Sud Est (65.8%). Le Front populaire dans les régions Ouest du pays du Nord ouest (16.1%) au Sud ouest, en passant par le Centre ouest.

En conclusion, à l’instar de l’envolée dans les sondages du Front Populaire après l’assassinat de Chokri Belaid (il a baissé depuis), Nidaa Tounes paraît à une bonne partie de l’électorat comme étant plus capable de mieux gérer les derniers évènements de Chaambi et la question sécuritaire en général, en plus du fait que ce parti continue à siphonner l’électorat des partis du camp progressiste, en quête d’un vote utile. Les prochaines vagues de ce baromètre indiqueront si cette évolution est structurelle  ou purement conjoncturelle. Par ailleurs, le vote continue à être régional en Tunisie, à l’instar de nombreux pays démocratiques, il ne s’agit pas d’une singularité tunisienne.

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