Les compromis et les litiges de la première phase d’un dialogue national « difficile et pénible »

« Ce fut difficile et pénible, mais riche et fructueux… ». Il aura fallu 30 jours de négociations rudes pour qu’Issam Chebbi, le porte-parole d’Al Jomhouri, puisse enfin parler de prémices de dénouement et de consensus. Ces consensus, le député de l’opposition les a exposés ce matin, lors d’une conférence de presse tenue au siège du parti. Les avancées réalisées concernent, notamment, les litiges au niveau de la Constitution. Déjà, ce sont principalement ces litiges qui ont amené la classe politique à externaliser le débat de l’hémicycle vers le palais de Dar Dhiafa, à Carthage.

Les participants au dialogue se sont ainsi accordés sur le régime politique qui serait un régime mixte, où les pouvoirs seraient complémentaires et séparés et pourraient se contrôler mutuellement. Dans ce régime, les deux mandataires du pouvoir Exécutif auraient des prérogatives équilibrées. Le président de la République serait de ce fait responsable de la politique générale de défense, de sécurité nationale et de la diplomatie. Il serait aussi chargé des nominations dans les hautes fonctions de l’Etat et assisterait aux conseils ministériels. Les négociateurs se sont également accordés à enlever toutes les « aberrations » du texte de la Constitution, notamment au niveau du Préambule et dans le chapitre des droits et libertés. Les « principes fondamentaux de l’Islam », dans le préambule, seront ainsi  remplacés par « enseignements de l’Islam ». La liberté de conscience, le droit syndical et le droit de grève seraient garantis par la Constitution et aucune loi ne pourrait les entraver, ni les limiter.

Des négociations, se sont dégagés d’autres compromis, comme le maintien du système électoral du 23 octobre, jugé le plus «  représentatif et le plus équitable », et «  la consolidation du rôle de l’opposition, en lui accordant la présidence de la commission parlementaire des Finances, comme c’est le cas dans plusieurs pays démocratiques ».

Toutefois, plusieurs autres dissensions n’ont pu être résolues. Elles concernent l’article 136 qui stipule « qu’aucun amendement constitutionnel ne peut compromettre : l’Islam, en tant que religion de l’Etat, la langue arabe, en tant que langue officielle, le régime républicain, le caractère civil de l’Etat, les acquis des droits de l’Homme et des libertés garanties par la Constitution, ni le nombre et la durée des mandats présidentiel (à travers la prolongation) ». Tandis que le mouvement Ennhdha insiste sur cette formule de l’article, l’opposition propose de le remplacer « simplement » par un article qui « bannirait la modification des articles premier et second de la Constitution ». Les ligues de la protection de la révolution ont par ailleurs isolé le parti islamiste, qui, contrairement à tous, s’est obstiné à dire que la dissolution de ces groupes relève de la justice et non pas des politiques. Les partis politiques ne sont pas non plus parvenus à s’accorder sur la simultanéité ou non des élections présidentielles et législatives.

Le dialogue national au palais de Dar Dhiafa, qui vit ses dernières heures cet après-midi, s’achève ainsi avec des compromis importants et des désaccords non moins importants. Dès le 16 mai, il se transportera du coté de  l’UGTT, où la centrale syndicale essaiera de fédérer tout le spectre politique autour des compromis déjà conclus et des accords qui sont encore à trouver.

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