Jbel Chaambi: possibles connexions entre réseaux de terrorisme et de contrebande

Les événements en cours à Jbel Chaambi, qui ont fait des victimes parmi les militaires et les gardes nationaux dont trois militaires grièvement blessés, soulèvent plus d’une question sur la réalité de la situation dans les contrées frontalières et sur la nature des facteurs objectifs ayant provoqué ce changement d’attitude brusque et cette escalade de la part des groupes terroristes.

Il semblerait, avec du recul, que ces groupes (dont les sources sécuritaires n’ont pas évalué l’effectif) aient fait le choix de se retrancher sur les hauteurs escarpées du mont Chaambi après s’être rendus compte de l’importance du site comme sanctuaire sûr avec son relief boisé et sa proximité géographique avec l’Algérie. A leurs yeux, sans doute, l’emplacement est avantageux à plus d’un titre, surtout parce qu’il leur permet une grande facilité de mouvement entre les deux pays limitrophes, sans que les unités sécuritaires de part et d’autre de la frontière n’y puissent grand chose. La bande frontalière concernée, remarque-t-on, s’étire sur quelque 45 Km longeant le gouvernorat algérien voisin de Tébessa, sur une largeur de 25 Km, en profondeur dans le territoire tunisien, principalement dans la région de Kasserine, la délégation de Foussana, précisément.

Au vu de ces considérations en rapport avec la morphologie du relief boisé local, il n’était aucunement surprenant que les agressions et autres accrochages qui se sont produits aient été le fait de groupes retranchés loin des regards indiscrets dans des zones montagneuses et forestières. Il en fut ainsi des accrochages qui avaient opposé à la mi-décembre une patrouille de la Garde nationale à des éléments armés sur le mont Bouchebka, considéré, lui aussi, comme un sanctuaire possible de jihadistes, en même temps qu’un point de passage pour les activités de contrebande.

Nombre d’observateurs ont bien compris qu’à l’instar de maints autres gouvernorats frontaliers, celui de Kasserine  prête bien, au moins en partie, à diverses activités de contrebande et autres trafics. C’est sans doute pour cette raison que l’économie dite  » transfrontalière  » est adossée à des activités que ce serait un euphémisme de qualifier d’illicites.

Certains habitants vont jusqu’à parler de connexions, voire d’imbrication entre les réseaux de contrebande et les groupes jihadistes, à la faveur de toute une communauté d’intérêts. A commencer par le fait que les uns et les autres utilisent le même sentier de montagne reliant les villes de Bouderiès (en territoire algérien) et de Foussana (dans le gouvernorat de

Kasserine).

Ce sentier part de la localité de Boulaaba, sur le versant ouest du Chaambi, en territoire algérien et conduit droit vers la région de Kasserine en passant par le lieu dit Sahraoui. C’est par là que passent diverses marchandises de contrebande, du carburant et des denrées alimentaires aux stupéfiants, selon des témoignages concordants des habitants.

Ces derniers précisent que des centaines de véhicules chargés de toutes sortes de marchandises de contrebande y transitent tous les jours.

A en croire ces témoins, ce trafic est le cordon nourricier de toute la région que divers facteurs contribuent à entretenir, à commencer par la proximité géographique, mais aussi les liens familiaux et tribaux qui unissent des pans entiers de populations de part et d’autre de la frontière.

Le mont Chaambi, où se trouve le point culminant de la Tunisie, abrite sur ses flancs nombre de villages ruraux comme Baratlia ou Doghra. Il est fréquent que les familles, ici et là, soient unis par les liens du sang et du mariage, quoique issus de tribus et communautés disparates mais présentes de longue date dans ces contrées. Il en va ainsi des Ouled Qahri, Ouled Samaali ou encore Ouled Garmazi.

De tels facteurs ne font que conforter leur cohésion et leur solidarité dans une même et unique occupation qui tient lieu d’économie locale: la contrebande. Celle-ci semblerait incontournable faute d’activité agricole et industrielle dans ces contrées.

Plusieurs habitants locaux ont confié ne pas exclure l’existence d’une relation objective entre les jihadistes et un certain nombre de contrebandiers, surtout à la faveur d’une situation sécuritaire qu’ils qualifient de « fragile ». Pour eux, les évènements qui se sont produits ne sont rien d’autre qu’un « grave dévoiement qu’il faut combattre », soulignant la nécessité de « maîtriser les sentiers de contrebande susceptibles de représenter une source de financement pour ces groupes ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here