« La diplomatie doit représenter le peuple tunisien et non pas le régime au pouvoir »

Ils seraient environ 1400 fonctionnaires et ouvriers, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, à revendiquer un changement structurel au sein du ministère des Affaires étrangères. La grève générale des agents de l’administration centrale, prévue le 8 mai, serait une manière de catalyser ce changement. « La grève n’est pas une fin en soi, mais c’est notre manière de faire pression », a insisté Hamed Ben Brahim, le secrétaire général du syndicat de base du ministère.

Présent lors d’une conférence de presse, tenue ce matin au siège de l’UGTT, le syndicaliste et ses collègues ont tenu à rappeler les motifs de ce mouvement de protestation.

« Professionnalisme et neutralité », l’ensemble des revendications tiendraient en ces deux mots corrélatifs et indissociables. Les agents du ministère ne veulent, en effet, plus de « collègues nommés par les partis politiques ». « C’est que la diplomatie doit représenter le peuple tunisien, tous les Tunisiens et non pas le régime au pouvoir », a souligné Habib Jerjir,  secrétaire général adjoint de l’Union régionale du Travail de Tunis. « Compétence, expérience et patriotisme », a-t-il ainsi énuméré les critères de recrutement des cadres de la diplomatie tunisienne.

Mais, outre ces qualificatifs requis, des textes de loi devraient réorganiser le ministère, ainsi que les ambassades et les consulats tunisiens à l’étranger. Deux projets de loi organiques, l’un relatif à l’administration et l’autre à la section diplomatique sont en effet en tête de liste des revendications des syndicalistes.

Habiba Krimi, secrétaire générale adjointe, estime pour sa part qu’une révision, voire un élargissement de l’organigramme s’impose, afin de moderniser et d’alléger l’encombrement au sein de l’administration. Elle réclame également la mise en œuvre de la loi-cadre, toujours non appliquée, qui permettrait de comptabiliser les agents exerçant à l’étranger.

Toutes ces revendications seraient toutefois tributaires de la mise au point de la mission du conseil central : l’organe qui contrôle le parcours professionnel des agents (promotion, mutation, discipline, punition..). Habiba Krimi exige la révision de la composition de ce conseil qui est jusqu’ici composé de 14 membres, pour moitié nommés. L’autre moitié, devant être élue, ne l’est toujours pas, et ce, depuis la révolution. Le conseil, une fois mis au point, devrait appliquer la loi et s’y  astreindre. « Nous ne sommes pas contre les sanctions », a estimé la secrétaire générale adjointe, faisant allusion aux nombreuses sanctions infligées après la révolution. « Mais nous sommes pour les garanties et le respect des droits des agents », a-t-elle insisté, martelant que certains sanctionnés n’avaient même pas le droit de consulter leurs dossiers et qu’ils étaient tenus en suspens : ils ne sont ni jugés, ni acquittés définitivement des allégations d’incompétence ou de corruption.

D’autres problèmes, non moins lancinants, préoccupent les syndicalistes. Jihène Youssfi, secrétaire générale adjointe, chargée de la Santé et de la sécurité au travail, les égrène : les fonctionnaires employés en dessous de leurs qualifications, les difficultés d’homologation des diplômes, les conditions « difficiles » des ouvriers de la propreté, la précarité des agents de la maintenance, les bureaux insalubres des agents des archives, le manque de services, le restaurant fermé depuis un an déjà… Bien qu’ils soient souvent enviés pour leur statut d’agents du ministère des Affaires étrangères, les agents au service de la politique étrangère du pays seraient beaucoup moins privilégiés que l’on pensait.

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