Un 1er mai sous le signe des scissions

Hier, les policiers ont eu du fil à retordre de 10 heures à midi. En effet, deux heures durant, ils ont du empêcher tout contact entre les deux allées de l’avenue Habib Bourguiba. Quelques mètres séparaient les deux parties, mais à écouter les insultes échangées entre les manifestants des camps rivaux, la faille se mesurait à des années lumière. D’un côté, l’estrade du CPR, venu fêter le 1er mai sous le signe de l’immunisation de la révolution, de l’autre une déferlante des jeunes du Front Populaire, descendus pour investir la rue.

Les membres du CPR : ses élus à la constituante, ses ministres, Slim Ben Hmidane et Sihem Badi et les conseillers à la présidence, Tarek Kahlaoui et Imed Daimi, hués par la foule opposante ont peiné à tenir leurs discours. Des discours pivotant autour de « l’exclusion des affiliés à la dictature ». Ils se sont de ce fait vantés d’être les instigateurs du « projet de loi de l’immunisation de la révolution » et d’être les plus fervents de la  Mouhassaba, reddition des comptes, tant financiers que moraux, des collaborateurs de l’ancien régime.

La foule du Front Populaire a, quant à elle, décrié, Sihem Badi, lui rappelant son « incompétence à la tête du ministère de la Femme » et sifflé le président de la République, un président, qui a, selon leurs dires, compromis le caractère civil et républicain du pays.

A 15 heures, le même jour, au palais des congrès, le mot d’ordre apparent était le consensus. Mais des divergences ont aussitôt resurgi lors des discours officiels. Les présidents et les partenaires sociaux présents pour fêter le 1er mai ont parlé, chacun, de leurs soucis. Ali Larayedh, le Chef du gouvernement a dressé le bilan de l’économie et des avancements de plusieurs indicateurs, comme celui de l’emploi en Tunisie. Il a également mis en relief « les mesures gouvernementales à caractère social ayant profité aux  familles des martyrs et des blessés, aux bénéficiaires de l’amnistie générale, aux classes des plus démunis et aux salariés ». Le Chef du gouvernement a par ailleurs évoqué « un contexte sécuritaire difficile qui ne devrait, toutefois, pas être amplifié par les médias » et appelé à « dépolitiser la machine de la production et la préserver des tensions partisanes ».  Regrettant les pertes accusées par le secteur des phosphates, il a mis en garde contre des « grèves arbitraires et des revendications exagérées. »

Défendant le droit syndical et les revendications légitimes des habitants du bassin minier, Houcine Abassi, le secrétaire général de l’UGTT, a insisté pour sa part sur le dialogue et le développement comme principales issues au problème du secteur des phosphates. Il a de ce fait appelé, avec une insistance frôlant la supplication, ses cosignataires du contrat social, à tenir leurs engagements, afin de concrétiser le consensus au-delà des bonnes paroles et des discours protocolaires.

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