La compensation ou le fardeau à alléger

Les subventions ont atteint en 2012, la « faramineuse somme » de 6812 millions de dinars. Pour évaluer le poids de cette charge sur le budget de l’Etat, il suffit de la comparer aux dépenses de développement, 4770 millions de dinars, ou de la mettre bout à bout avec son équivalent en richesse : 9,5% du PIB.

Interpellés par ces chiffres, des dizaines d’experts et d’acteurs économiques ont décortiqué le problème de la compensation. Réunis, le 30 avril, au palais Dar Dhiafa à l’initiative de l’Institut Tunisien des Etudes Stratégiques (ITES) en collaboration avec l’Association « Nour » et l’Utica, ils ont eu l’occasion de croiser leurs opinions avec celles des représentants du gouvernement et du Président de la République, venu inaugurer l’événement. Celui-ci, coiffé de sa casquette de droit-de-l’hommiste,  a rappelé la principale mission de la compensation qui n’est autre que « le soutien aux classes pauvres et aux classes moyennes basses » et « la préservation de leur pouvoir d’achat et donc de leur dignité ». Et comme pour minimiser le penchant économique libéral de la Troika dont il fait partie, Moncef Marzouki a également estimé que la compensation fait partie des devoirs de l’Etat qui, après la révolution, devrait converger « vers plus de présence, plus de transparence, plus de justice, plus d’efficacité et plus de démocratie ».

Mais au-delà des idéaux prêchés par le Président de la République, le problème paraît bien plus profond et structurel. Avec uniquement 9,2% de subventions alimentaires profitant aux plus pauvres, la Caisse de compensation générale semble en effet avoir dévié de sa vocation. Les subventions des hydrocarbures, elles, ne cessent de s’alourdir, d’année en année. Le déficit énergétique croissant du pays, les fluctuations du marché international et les anomalies chroniques des trois compagnies énergétiques étatiques (Steg, Etap et Stir) ont porté les subventions des hydrocarbures et de l’électricité en 2012 à 5293 millions de dinars.

Quelle est donc l’issue à ce problème ? Pour un bon nombre d’intervenants, la compensation est « l’arbre qui cache la forêt ». Le dysfonctionnement du système des subventions ne serait qu’un symptôme de la dégradation de l’économie nationale. « Toute réforme de ce système devrait donc s’inscrire dans une vision en amont du prochain modèle de développement socioéconomique du pays », a insisté Lobna Jeribi, député d’Ettakatol à l’ANC. Pour cette élue membre de la Troïka, un dialogue national large et inclusif serait même requis pour décider des grands choix de l’avenir.

Les professionnels et quelques experts se sont, en revanche, focalisés sur des mesures à court et à moyen termes. « Avant de se projeter dans l’avenir, on pourrait améliorer ce qui existe », soutient Maher Kallel, président de l’Association Nour. Optimisé, le système actuel pourrait être  plus performant et plus efficace. Mais cela est tributaire, selon lui, de la mise en place de mesures robustes de bonne gouvernance et de transparence. Des campagnes de sensibilisation de grande envergure pourraient également réduire la facture énergétique et alléger, par conséquent, le poids des subventions des hydrocarbures et de l’électricité.

Agir par filière

Pour ce qui est du problème des subventions alimentaires, il a été convenu d’activer le « système des filières » qui existe depuis des années déjà. En agissant par filière, les professionnels peuvent mieux se concerter avec les représentants des ministères concernés (Finances, Commerce, Agriculture, Industrie..) et retrouver ainsi des solutions concrètes aux problèmes de la production et de la commercialisation.

Exposant l’exemple de la filière céréalière, Mohamed Mabrouk, responsable du département économique à l’ITES, a dévoilé un manque énorme à gagner dans le secteur de la céréaliculture.

En 2011, les céréales ont représenté 76,1% des subventions alimentaires, soit 874 millions de dinars. La plus grande part de cette somme, 600 millions de dinars environ, a servi à subventionner des céréales importées et « à soutenir donc les économies de pays étrangers». Mohamed Mabrouk propose de ce fait d’injecter ces 600 millions dinars dans l’agriculture nationale, ce qui permettrait, selon ses calculs, de créer 10.000 emplois et d’assurer ainsi un apport de 5% de croissance par an.

Cette mesure devrait, selon lui, s’associer à une stratégie agricole adaptée. La restructuration des 153 mille hectares de terres domaniales, l’association volontaire des agriculteurs en coopératives (pour la distribution de l’eau, ou l’usage des moissonneuses- batteuses) sont, entre autres, des mesures qui pourraient faire décoller la production céréalière, et porter la productivité, actuellement évaluée à 15 quintaux/hectare jusqu’à même 60 quintaux/hectare.

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